[Tribune] : « RDC : le fétichisme du dialogue : le dialogue ne remplacera jamais la souveraineté », Youreck Masiala
Depuis plus de vingt-cinq ans, la République démocratique du Congo dialogue. Elle dialogue beaucoup. Elle dialogue trop. Seize accords de paix ont été signés entre 1999 et 2025. Seize textes, seize promesses, seize échecs. Et pourtant, la guerre continue. À force de répéter le mot dialogue comme une formule magique, nous avons fini par en faire une croyance. Un réflexe. Une incantation politique. C’est ce que j’appelle le fétichisme du dialogue : la conviction naïve que parler suffit, même lorsque le territoire est occupé, même lorsque les armes parlent plus fort que les mots.
Soyons clairs : le dialogue n’est pas mauvais en soi. Mais il n’est ni sacré ni automatique. Il n’a de sens que lorsqu’il s’inscrit dans un rapport de forces crédible. Or, aujourd’hui, on demande à la RDC de négocier sa souveraineté pendant que des forces étrangères et des groupes armés contrôlent des portions entières de son territoire. C’est une aberration stratégique.
On ne dialogue pas utilement sous occupation.
On ne négocie pas la paix quand l’agression ne coûte rien à l’agresseur.
On ne construit pas la souveraineté autour d’une table pendant qu’elle est niée sur le terrain.
Pire encore, la paix est devenue un marché. Conférences, médiations, per diem, financements : certains vivent désormais de la gestion du conflit plus que de sa résolution. Dans cet écosystème, la guerre devient une ressource et la paix un projet rentable.
La priorité de l’État congolais ne doit donc pas être un énième dialogue sans leviers. Elle doit être la reconquête :
· Reconquête du territoire,
· Reconquête de l’autorité de l’État,
· Reconquête du monopole de la force
Ce n’est qu’après cela que le dialogue devient utile, crédible et efficace. Le dialogue doit venir en position de force, jamais en posture de supplication.
La RDC n’est pas confrontée à une simple crise interne. Elle fait face à une guerre régionale à basse intensité, structurée par des intérêts géopolitiques et économiques. Y répondre uniquement par des forums de dialogue, c’est traiter une hémorragie avec un pansement.
La paix ne se mendie pas.
La paix ne se proclame pas.
La paix se construit par la souveraineté, la stratégie et la justice.
Youreck Masiala Kumbi
Licencié en droit public interne à l’Université de Kinshasa