RDC : « Nicolas Kazadi : quand le donneur de leçons oublie son propre bilan » [Tribune de Jonathan Lutete]

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8 Septembre 2026 - 09:37
8 Septembre 2026 - 09:37
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RDC : « Nicolas Kazadi : quand le donneur de leçons oublie son propre bilan » [Tribune de Jonathan Lutete]

Il y a quelque chose d’assez particulier dans la dernière sortie de Nicolas Kazadi : celui qui fut ministre des Finances pendant près de trois années semble aujourd’hui vouloir se transformer en professeur de finances publiques, chargé de corriger ceux qui lui ont succédé.

Invité le 2 septembre dans le Space animé par Stanis Bujakera, l’ancien ministre s’est livré à une véritable leçon d’économie. Il a notamment critiqué le recours de la RDC aux Eurobonds, estimant que « lever des fonds ne signifie pas créer de la richesse ». 

La formule est séduisante

Mais avant de donner des leçons, il faut accepter de répondre à une question simple : quel est le bilan de celui qui parle ?

Parce qu’en matière de finances publiques, la crédibilité ne se décrète pas devant un micro. Elle se mesure à la qualité de la dépense, à la soutenabilité de la dette, à la réalisation des projets et surtout à la capacité de rendre compte de ses propres choix.

Le problème n’est donc pas ce que dit Kazadi. Le problème, c’est ce qu’il oublie.

Nicolas Kazadi critique aujourd’hui l’endettement commercial et met en garde contre le coût des Eurobonds.

Très bien.

Mais cette réflexion aurait davantage de poids si elle s’accompagnait d’une véritable autocritique sur la gestion des ressources publiques durant son passage au ministère.

Selon les données rapportées récemment par AfricaNews RDC, les ressources propres de l’État seraient passées d’environ 4 milliards à près de 9 milliards de dollars entre 2021 et 2023, tandis que la dette serait passée d’environ 3 à 12 milliards de dollars. 

Voilà le vrai sujet.

Quand les moyens augmentent considérablement, la question n’est pas seulement combien l’État mobilise. La question fondamentale devient : qu’a-t-on fait de cet argent ?

C’est là que le débat sur le bilan de Nicolas Kazadi devient beaucoup plus inconfortable.

L’Arena, le Centre financier et la question de la qualité de la dépense

Aujourd’hui, Nicolas Kazadi explique que seulement environ 30 millions de dollars auraient été décaissés pour l’Arena de Kinshasa lorsqu’il a quitté ses fonctions, pour une exécution physique qu’il estime entre 60 et 65 %. 

Il précise également que le chiffre de 104 millions de dollars souvent évoqué ne correspondrait pas, selon lui, au montant qu’il aurait personnellement payé.

Dont acte.

Mais cette clarification soulève précisément une autre question : pourquoi un projet présenté comme stratégique pour la capitale reste-t-il au cœur des controverses plusieurs années après ?

Même logique pour le Centre financier.

Les débats autour de son coût, de son financement et de ses avenants ne peuvent pas être balayés d’un revers de main. Ils font partie du bilan de la période durant laquelle Nicolas Kazadi dirigeait le ministère des Finances.

On ne peut donc pas réclamer aujourd’hui de la rigueur à son successeur tout en demandant au public d’oublier les interrogations qui ont accompagné sa propre gestion.

Et les forages ?

Le dossier des 1 000 forages reste l’un des épisodes les plus sensibles de cette période.

Des organisations de la société civile ont formulé de graves accusations concernant la gestion financière du projet et le rôle du ministère des Finances.

Nicolas Kazadi, lui, conteste fermement ces accusations et affirme notamment que les contrats concernés n’ont été ni négociés ni signés par lui. 

C’est précisément pour cela que le sujet mérite mieux que des procès médiatiques.

Il mérite la vérité, les documents, les audits et la reddition des comptes.

Mais tant que ces controverses demeurent dans l’espace public, celui qui en fut le ministre de tutelle ne peut raisonnablement se présenter comme l’arbitre incontestable de la bonne gouvernance financière.

La mémoire sélective n’est pas une politique économique

Il y a également une contradiction intellectuelle dans cette nouvelle posture.

Nicolas Kazadi veut aujourd’hui expliquer à la RDC que l’emprunt doit être utilisé avec prudence.

Personne ne devrait s’y opposer.

Mais cette prudence doit être universelle.

Elle doit s’appliquer aux gouvernements actuels comme aux gouvernements précédents.

Elle doit s’appliquer à ceux qui émettent des Eurobonds aujourd’hui comme à ceux qui ont mobilisé des ressources considérables hier.

On ne peut pas transformer la prudence budgétaire en arme politique contre son successeur.

Un ancien ministre a parfaitement le droit de critiquer son successeur.

Mais il a également le devoir de commencer par faire l’inventaire de son propre passage au ministère.

Doudou Fwamba n’a pas besoin de l’autorisation de Nicolas Kazadi pour réformer

Depuis son arrivée au ministère des Finances, Doudou Fwamba a engagé une approche différente : consolidation de la trésorerie, renforcement de la discipline budgétaire, réformes structurelles et mobilisation de financements destinés à des projets stratégiques.

L’émission d’Eurobonds peut naturellement être discutée. Elle doit même l’être.

Mais la discussion doit porter sur le coût, l’utilisation des fonds, la rentabilité économique des projets financés et la capacité de remboursement de l’État.

Pas sur des postures personnelles.

Et surtout, il faut comparer les résultats.

Parce que lorsqu’on met les chiffres sur la table, le débat devient beaucoup moins confortable pour ceux qui veulent réécrire leur propre histoire.

Monsieur Kazadi, un peu d’humilité

La RDC n’a pas besoin d’anciens ministres qui reviennent périodiquement expliquer aux Congolais comment il fallait gérer les finances publiques.

Elle a besoin de responsables capables de reconnaître leurs réussites, mais aussi leurs erreurs.

Nicolas Kazadi peut défendre son bilan.

Il peut expliquer ses choix.

Il peut contester les accusations portées contre lui.

Il peut même critiquer Doudou Fwamba.

Mais il ne peut pas demander aux Congolais de regarder uniquement le bilan de son successeur et d’oublier le sien.

La mémoire institutionnelle de l’État ne fonctionne pas comme cela.

Les chiffres restent.

Les contrats restent.

Les projets restent.

Les déficits restent.

Les dettes restent.

Et surtout, les résultats restent.

Alors, avant de donner des leçons de finances publiques à ceux qui lui ont succédé, Nicolas Kazadi devrait peut-être commencer par répondre à la question qu’il pose lui-même aujourd’hui à la RDC :

qu’avons-nous réellement fait de l’argent que l’État avait à notre disposition ?

C’est là que commence la vraie reddition des comptes.

Et c’est probablement là aussi que s’arrête la posture du donneur de leçons.

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