RDC : Quand la « Politique du spectacle » remplace la sécurité publique, l’autopsie sans Concession de l’État réactif
Face à la répétition tragique des catastrophes à Kinshasa et en provinces, une recherche scientifique majeure menée à l’Université de Kinshasa par les professeurs Joël NZAMPUNGU IMBOLE et TATY Harrys MANTIMA dévoile les rouages d'un système où l'urgence médiatisée masque la faillite des contrôles préventifs, et trace la voie vers un véritable « État-Prévoyant ».
Du drame de la salle panacée à la tragédie de matadi-kibala : l’engrenage de la réaction théâtralisée
Le 3 septembre 2026, l'incendie dévastateur de la salle de fêtes « Panacée » à Lingwala (Kinshasa) endeuillait une nouvelle fois la capitale congolaise, causant plus de vingt morts en raison d'installations électriques vétustes et d'absences d'issues de secours conformes. Le scénario qui s'en est suivi est d'une régularité troublante : annonces contradictoires des bilans humains, descentes théâtralisées des autorités sous le crépitement des flashs des médias, fermeture précipitée de l'établissement et décision de fermer toutes les salles non conformes. Or, comme le révèle une étude empirique capitale publiée dans l'East African Journal of Crime and Security, ce rituel de compassion et de fermeté post-crise constitue la marque de fabrique d'un « État réactif ».
En examinant méthodiquement dix catastrophes majeures survenues en RDC entre 2016 et 2026 — des effondrements miniers de Luhihi au naufrage du navire MB/Goma sur le lac Kivu en 2024, en passant par le drame de l'électrocution au marché de Matadi-Kibala en 2022, la recherche démontre que la répétition de ces hécatombes ne découle nullement d'un vide juridique ou réglementaire. La RDC dispose en effet d'un arsenal législatif moderne et contraignant (Code de l'urbanisme, Loi-cadre sur l'environnement, Code de la navigation). L'échec se situe dans l'incapacité structurelle de l'État à assurer la régulation préventive ex-ante.
La rente de l’urgence et les « normes pratiques » : anatomie d'une faillite systémique
Grâce à une démarche scientifique basée sur l'Analyse Qualitative Comparative (csQCA), les professeurs Joël NZAMPUNGU et Harris TATY ont mis en lumière le triptyque causal qui alimente cette « politique du spectacle » :
§ La Faillite de l'Inspection Routinière (FAIN) : Des corps de contrôle sous-équipés, paupérisés et incapables d'effectuer des visites techniques régulières avant la survenue du péril.
§ La Patrimonialisation et les « Normes Pratiques » (PATE) : La substitution des lois républicaines par des arrangements informels. La sécurité publique est monétisée : l'opérateur économique n'achète pas sa mise aux normes mais une immunité moyennant taxes ou pots-de-vin informels.
§ La Pression Émotionnelle et Médiatique (PEMO) : L'indignation sur les réseaux sociaux et la couverture médiatique agissent comme un interrupteur qui force l'autorité publique à déployer un affichage d'autorité spectaculaire pour masquer sa propre incurie préventive.
Ce cercle vicieux enferme l'action publique dans un « cycle de reproduction de l'imprévoyance » : le drame suscite l'émotion, l'émotion déclenche des mesures spectaculaires mais éphémères, le soufflé médiatique retombe, l'oubli administratif s'installe, et les défaillances reconstituées préparent inévitablement la catastrophe suivante.
De l'« État-sapeur-pompier » à l'« État-prévoyant »: les pistes d'une rupture structurelle
Pour briser cet engrenage funeste, l'étude ne se limite pas à un diagnostic d'une lucidité redoutable; elle formule cinq recommandations stratégiques de rupture destinées à refonder la gouvernance des risques en RDC :
§ Création d'une Agence Nationale d'Inspection et de Sécurité Civile (ANISC) : Une autorité administrative indépendante, financée par une redevance dédiée, utilisant la traçabilité numérique (QR-codes de conformité) pour extirper le contrôle technique des réseaux de corruption.
§ Opposabilité juridique de la cartographie géospatiale des risques : L'interdiction absolue d'émettre des titres fonciers dans les zones à haut risque (érosions, lits de rivière) sous peine de sanctions pénales directes pour les émetteurs.
§ Politique de « Tolérance Zéro » ex-ante : La fermeture préventive systématique des établissements non conformes avant que le risque ne se matérialise en drame humain.
§ Mise en jeu de la responsabilité pénale des décideurs : L'extension des poursuites judiciaires aux hauts responsables administratifs et politiques pour « criminalité d'omission » et manquement grave à l'obligation de diligence.
§ Institutionnalisation des Retours d'Expérience (RETEX) : L'obligation légale de publier sous 30 jours un rapport d'audit indépendant après chaque sinistre afin d'alimenter les réformes structurelles.
Si cette étude s'impose d'ores et déjà comme une référence scientifique incontournable pour les décideurs publics, les bailleurs internationaux et la société civile, elle met surtout en lumière l'extraordinaire vitalité et le leadership intellectuel de l'École de Criminologie de l'Université de Kinshasa (UNIKIN) et de son prestigieux Centre de Criminologie et de Pathologie Sociale (CCPS).
Incarnant une criminologie moderne, engagée et ancrée dans les réalités africaines, les professeurs TATY HARRIS MANTIMA et Joël NZAMPUNGU IMBOLE, les deux auteurs de cette recherche magistrale apportent une démonstration éclatante de la valeur ajoutée de la science interdisciplinaire au service de la cité :
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DES CHERCHEURS D'EXCEPTION AU CŒUR DE L'INNOVATION SCIENTIFIQUE • Professeur NZAMPUNGU IMBOLE JOEL : Docteur en Sciences de l’Information et de la Communication et Doctorant en criminologie, Professeur à l’École de Criminologie de l’Université de Kinshasa et à l’Université Catholique du Congo, Chercheur au CCPS. Son expertise unique croise l'analyse des médias, la sociologie politique et la criminologie environnementale pour disséquer la politique du spectacle et les dynamiques de communication de crise. • Professeur TATY MANTIMA HARRIS : Docteur en Droit, Titulaire d’un Master spécialisé en criminologie, Professeur à l’École de Criminologie de l’UNIKIN, Chercheur au CCPS et Avocat au Barreau de Kinshasa/Matete. Alliant la rigueur du juriste à la finesse du criminologue, il apporte une grille d'analyse normative et pénale décisive pour problématiser la criminalité d'omission et la responsabilité administrative. |
En proposant une grille de lecture capable de transformer la douleur collective en leviers de réformes institutionnelles, l'École de Criminologie de l'Université de Kinshasa confirme son statut de phare intellectuel en Afrique centrale. A travers des travaux d'une telle stature, l'UNIKIN prouve que l'université congolaise ne se contente pas de commenter l'actualité: elle forge les outils conceptuels et juridiques indispensables à la construction d'un Etat moderne, protecteur et véritablement prévoyant.