RDC : la contraception irréversible au cœur d'une rencontre de haut niveau sur la réforme de la loi sur la santé
Le récit d’une femme d’environ 35 ans, mère de six enfants, a retenu l’attention des participants, ce mardi 6 octobre 2026, lors d’une rencontre de haut niveau consacrée à l’opportunité de modifier la loi-cadre sur la santé publique, notamment les dispositions encadrant l’accès à la contraception irréversible.
Projetée lors de la rencontre, la vidéo raconte le parcours d’une femme qui s’était rendue dans un établissement de santé pour solliciter une contraception irréversible. Informée des exigences légales, notamment du consentement écrit de son époux, de l’avis de trois médecins et de celui d’un psychiatre, elle a obtenu, après plusieurs tractations, l’avis de deux médecins. Après plusieurs moments d’attente, elle a finalement obtenu celui du troisième médecin, avant de devoir attendre plusieurs années pour accéder à l’avis d’un psychiatre. Pendant cette attente, elle est tombée enceinte et est devenue mère d’un septième enfant, sans pour autant avoir obtenu l’avis d’un psychiatre, faute de disponibilité de ce spécialiste. Elle qui souhaitait préserver sa santé s’est ainsi retrouvée de nouveau enceinte, malheureusement. Ce témoignage a suscité un moment de silence dans la salle, illustrant concrètement les difficultés que peuvent poser certaines exigences légales dans l’accès à cette méthode contraceptive.
Les députés nationaux, les représentants des ministères sectoriels, les leaders d’opinion et les organisations de la société civile ayant pris part aux discussions ont mesuré l’importance de renforcer, chacun dans la mesure du possible et dans l’exercice de ses missions, l’engagement politique et social en faveur de la modification de la loi n°18-035 du 18 décembre 2018 relative à l’organisation de la santé publique, telle que modifiée à ce jour, notamment en ce qui concerne les conditions d’accès à la contraception irréversible.
Rapporteur de l’Assemblée nationale, Jacques Ndjoli a exprimé le soutien de la chambre basse à cette démarche.
« Nous devons éliminer les barrières inadéquates, voire inutiles, qui ne permettent pas à chaque femme d’être dans ses droits », a-t-il déclaré.
Le député national Olivier Kabeya, porteur de la proposition de loi, a également appelé ses collègues parlementaires à soutenir ce texte, actuellement inscrit dans le cadre de la session parlementaire de septembre 2026. Il a insisté sur la nécessité de prendre en compte les réalités des femmes vivant dans les zones où l’accès aux professionnels de santé reste limité.
La disponibilité des spécialistes en santé mentale constitue également l’un des enjeux soulevés dans ce débat. Intervenant lors d’un panel, Abraham Mifundu, médecin neuropsychiatre au CNPP, estime que la santé mentale doit être intégrée à toutes les étapes de la contraception irréversible, avant, pendant et après l’intervention. Il souligne également la nécessité de sensibiliser et de vulgariser cette réforme auprès des populations afin de favoriser une meilleure compréhension des enjeux liés à la contraception irréversible.
En RDC, le recours à une contraception irréversible est encadré par la loi. La procédure prévoit notamment le consentement écrit de la personne concernée, l’avis de trois médecins et celui d’un psychiatre. Une étude menée par l’Association des Femmes Juristes Congolaises (AFEJUCO), avec l’appui de MSI-RDC, révèle que 76,3 % des médecins interrogés considèrent cette procédure comme complexe, tandis que 85,7 % des autorités sanitaires interrogées évoquent des difficultés liées à la disponibilité des professionnels de santé qualifiés.
Dans le cadre de son plaidoyer, l’AFEJUCO propose notamment de réduire de trois à un le nombre de médecins requis et de prévoir, en cas d’indisponibilité d’un psychiatre, l’intervention d’un psychologue ou d’un infirmier clinicien formé en santé mentale, afin de maintenir l’accompagnement nécessaire.
Pour les organisations engagées dans ce plaidoyer, l’enjeu est de préserver le consentement éclairé et l’accompagnement médical tout en adaptant la procédure aux réalités du système de santé congolais, marqué par une répartition inégale des professionnels et des spécialistes sur le territoire.
Les recommandations formulées au cours de cette rencontre devront, dès à présent, alimenter les prochaines étapes du plaidoyer ainsi que le processus parlementaire relatif à la modification de la loi.
En République démocratique du Congo (RDC), où le ratio de mortalité maternelle reste estimé entre 547 et 746 décès pour 100 000 naissances vivantes selon les rapports officiels récents, l’accès à la contraception irréversible apparaît aussi comme un enjeu de prévention des grossesses à risque et de protection de la santé des femmes.
La synergie de plaidoyer réunit notamment l’Association des Femmes Juristes Congolaises (AFEJUCO), le REMAP 14, le RJSSR et la Coalition contre les grossesses non désirées.