[Tribune] : « Alias Joseph Kabila, le Maréchal Pétain de la RDC ? », Charlie Mingiedi

Une.cd

30 Oct 2026 - 18:22
30 Oct 2026 - 18:23
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[Tribune] : « Alias Joseph Kabila, le Maréchal Pétain de la RDC ? », Charlie Mingiedi

Je suis étonné de voir certains compatriotes, particulièrement dans le Grand Katanga, s’en prendre au maire de la ville de Kamina pour avoir appelé la population à se désolidariser de l’ancien président de la République et sénateur à vie alias Joseph Kabila, lors de son meeting tenu au marché 82, le 26 octobre 2026.

On comprend dès lors pourquoi cette réaction du maire de Kamina peut susciter autant de réactions dans le Grand Katanga, surtout après la dernière interview de Joseph Kabila, réalisée en anglais le 23 octobre 2026, dans laquelle celui-ci a exceptionnellement parlé de la résistance katangaise. Cette interview exclusive, intitulée « Does the Congo need an election, or a revolution! », a été accordée à la plateforme Conspiracy Tracker Great Lakes (CTGL) et menée par deux personnes : Dr Bojana Coulibaly, chercheuse, et Teddy Mazina, journaliste.

Mais ce qui m’interpelle surtout dans cette affaire, c’est le mot « révolution » choisi par alias Joseph Kabila. Car ce choix n’est pas sans rappeler un autre personnage historique : Philippe Pétain, qui avait instauré en France la « Révolution nationale », un programme profondément anti-républicain et autoritaire.

Voilà pourquoi le parallèle entre les deux hommes mérite aujourd’hui d’être posé sous un autre angle.

Il y a aussi un communiqué de la mairie, signé par le maire, qui circule sur les réseaux sociaux et dans lequel il aurait informé la population de sa juridiction et de ses environs que Joseph Kabila, alias Hyppolite Kanambe, présenté comme un rebelle rwandais, combat la RDC sous toutes ses formes.

De ce fait, aucune affiche portant son visage ni son nom ne pourrait être visible dans la ville ; aucune personne ne serait autorisée à parler de lui ni à citer son nom. Et si vous avez une affiche dans votre maison, détruisez-la : cette mesure ne devrait souffrir d’aucune faille.

Si et seulement si ce communiqué est authentique, moi, je l’encourage dans son principe.

Car c’est comme cela qu’il faut traiter ceux qui ont vendu leurs âmes à notre agresseur attitré : le Rwanda du Goliath au corps chétif, Paul Kagame.

Je comprends donc la volonté du maire de mettre un terme à la glorification d’alias Joseph Kabila. Je vais même plus loin : toutes les statues érigées à sa gloire doivent être retirées et détruites. Un ancien dirigeant condamné par la justice militaire et dont la glorification nationale doit cesser ne saurait continuer à être célébré à travers des monuments publics.

Mais il faut établir une distinction fondamentale entre l’apologie et la mémoire historique.

Je ne défends nullement alias Joseph Kabila. Je m’oppose fermement à toute apologie de sa personne. Toute personne qui glorifie son parcours, justifie ses actes ou entreprend de faire son apologie doit répondre de ses propos devant la justice, conformément aux lois de la République.

En revanche, je m’oppose à toute interdiction faite aux citoyens de conserver chez eux des photographies d’archives d’alias Joseph Kabila. Une photographie conservée à titre documentaire ou historique ne constitue pas nécessairement un acte de glorification.

De même, interdire aux citoyens de prononcer son nom, d’en parler ou de l’évoquer dans un débat public serait une atteinte à la liberté d’expression. Comment pourrait-on empêcher un historien, un journaliste ou un chercheur d’étudier ses dix-huit années au pouvoir ?

Combattre son apologie ne signifie pas instaurer le silence autour de son nom.

Je sais que certains compatriotes ont déjà écrit en faisant le parallèle entre Philippe Pétain et alias Joseph Kabila. Mais aujourd’hui, moi, je veux aborder cette similitude dans un autre contexte.

Philippe Pétain fut longtemps présenté comme un héros national français, notamment après la bataille de Verdun durant la Première Guerre mondiale. 

Alias Joseph Kabila, lui aussi, a été acclamé par les siens pour avoir, selon le récit qui lui était favorable, vaincu le M23, notamment à travers le colonel Mamadou Ndala (qui est considéré comme un héros national et une figure emblématique de la résistance et de l'intégrité territoriale en République démocratique du Congo) et les vaillants combattants congolais avaient largement contribué.

Mais l’Histoire ne juge pas les hommes uniquement à partir de leur gloire passée. Elle les juge aussi à partir de leurs choix et de leurs actes.


L’Histoire nous enseigne que les mots peuvent servir de paravent à des projets politiques qui conduisent une nation dans l’impasse.


Pétain a choisi la collaboration avec l’Allemagne nazie. 
Quant à alias Joseph Kabila, je lui reproche d’avoir choisi le camp de Paul Kagame, le Goliath au corps chétif, au détriment de la souveraineté de la République démocratique du Congo.

Comment celui qui a dirigé ce pays pendant dix-huit ans peut-il se retrouver associé à une dynamique de prise d’armes contre la nation qu’il a présidée ?


Les parcours de Pétain et d’alias Kabila présentent, à mes yeux, un même paradoxe : celui d’hommes qui ont bénéficié des honneurs de l’État avant de se retrouver associés à des actes qui ont profondément marqué leur pays.
Pétain a fait le choix de l’alliance avec Hitler en se soumettant à l’occupation nazie.

Alias Joseph Kabila, lui, a fait alliance avec le Goliath au corps chétif, Paul Kagame, que je considère comme le Hitler de l’Afrique centrale.

Voilà le point central de ma comparaison.

Dans les deux cas, celui qui avait été présenté comme un défenseur de la nation finit par être associé à celui qui représente, aux yeux de son peuple, la menace extérieure.

Pétain avait alors placé la France sous la tutelle de l’occupant allemand.

Alias Joseph Kabila, lui, a choisi le camp de ceux qui agressent et déstabilisent la République démocratique du Congo.

Il y a également un autre élément qui frappe dans cette comparaison.

Philippe Pétain a été reconnu coupable d’intelligence avec l’ennemi, l’Allemagne nazie, agresseur de la France, ainsi que de haute trahison. Le 15 août 1945, la Haute Cour de justice française l’a condamné à la peine de mort, à la dégradation nationale et à la confiscation de ses biens. Sa peine de mort fut ensuite commuée en réclusion à perpétuité.

En RDC, le processus judiciaire visant alias Joseph Kabila avait commencé par une étape institutionnelle majeure : 
Le 22 mai 2025, le Sénat congolais a levé les immunités parlementaires d’alias Joseph Kabila en sa qualité de sénateur à vie, ouvrant ainsi la voie aux poursuites judiciaires. En 2025, la Haute Cour militaire l’a condamné à mort pour trahison et crimes de guerre. 

Et voilà que son ancien parti politique, le PPRD, vient à son tour de subir le couperet judiciaire.

À l’issue de l’audience publique tenue ce vendredi 30 octobre 2026 à Kinshasa, le Conseil d’État a prononcé la dissolution du PPRD.

Ainsi, après la condamnation de l’homme, c’est désormais l’instrument politique qui avait porté son système qui disparaît de la scène institutionnelle.

L’Histoire semble décidément s’accélérer.

Une nation doit assumer son histoire, y compris ses pages les plus sombres.


La République démocratique du Congo doit tirer les leçons de son passé. La glorification de ceux qui ont porté atteinte à la souveraineté nationale ne doit plus être tolérée. Mais la condamnation politique et judiciaire d’un ancien dirigeant ne doit jamais devenir un prétexte pour bâillonner le débat historique et la liberté d’expression.

Voilà pourquoi mon titre n’est pas une simple provocation.

Joseph Kabila, le maréchal Pétain de la RDC?

Les deux hommes font la paire dans cette lecture historique et politique.
ous deux ont été associés à une forme de collaboration avec ceux considérés comme les ennemis de leur pays.

Tous deux ont connu la condamnation à mort.

Et tous deux sont devenus, pour une partie de leur peuple, le symbole d’une profonde trahison de l’idéal national qu’ils étaient censés défendre.

La différence fondamentale réside évidemment dans l’époque, le contexte et la nature des conflits.

Mais le mécanisme politique et historique, lui, interpelle.

Joseph Kabila est-il en train de devenir le Philippe Pétain de la RDC ? L’Histoire, elle, saura trancher.
Pour moi, les similitudes sont désormais trop nombreuses pour être ignorées.

Les deux font la paire.

Par Mingiedi Mbala N’Zeteke Charlie Jephthé 

Activiste, Penseur et Notable de Madimba

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