[Tribune] « Référendum constitutionnel : le Congo a d’autres urgences », Youreck Masiala
Pendant que des millions de Congolais peinent chaque jour à se nourrir, à se soigner ou simplement à vivre dignement, certains acteurs politiques souhaitent aujourd’hui engager le pays dans un débat sur un éventuel référendum constitutionnel. Pourtant, la véritable question que les Congolais se posent n’est pas : « Faut-il changer la Constitution ? », mais plutôt : « Comment améliorer nos conditions de vie ? »
Au-delà du débat juridique ou politique, la véritable problématique demeure celle des priorités nationales. Dans un pays confronté à de profondes difficultés sociales, économiques et sécuritaires, consacrer des ressources considérables à une consultation constitutionnelle interroge inévitablement le sens des choix publics.
Beaucoup de congolais doivent savoir une chose essentielle : Un référendum n’est pas un simple exercice politique. C’est une opération électorale nationale extrêmement lourde et coûteuse.
Organiser une telle consultation en RDC nécessiterait des moyens colossaux dont logistique, transport du matériel électoral, sécurisation du processus, déploiement des agents électoraux, sensibilisation de la population et financement global de toute la machine électorale.
Le coût estimé d’un référendum constitutionnel en RDC varierait entre 1,7 et 2 milliards de dollars.
Dans un pays confronté à tant de difficultés sociales, une telle dépense soulève une question fondamentale de priorité nationale.
Comment justifier des milliards pour modifier la Constitution alors que plusieurs Congolais vivent encore sans eau potable, sans électricité stable, sans soins de santé accessibles et sans emploi ?
Comment expliquer un tel projet à une jeunesse abandonnée au chômage, à des familles frappées par la misère ou à des provinces où les routes, les écoles et les hôpitaux sont dans un état alarmant ?
Avec cette somme, le pays pourrait investir massivement dans les infrastructures, créer des emplois, améliorer les services sociaux de base et répondre à plusieurs besoins urgents de la population.
Le problème du Congo aujourd’hui n’est pas l’existence de la Constitution actuelle. Le problème du Congo, c’est l’absence d’une gouvernance capable de répondre efficacement aux attentes du peuple.
Aucune révision constitutionnelle ne remplacera une bonne gouvernance.
Aucun référendum ne nourrira les familles qui souffrent de la faim.
Aucun changement de texte ne créera automatiquement des emplois pour les jeunes.
Le peuple congolais réclame avant tout la sécurité, la justice sociale, le développement et la dignité.
Faire croire qu’un changement constitutionnel pourrait, à lui seul, résoudre les problèmes du pays relève d’une illusion politique dangereuse.
Conformément à l’article 5 de la Constitution de la RDC, la souveraineté nationale appartient au peuple. Or, les préoccupations majeures du peuple congolais demeurent aujourd’hui la sécurité, l’emploi, l’éducation, la santé et l’amélioration des conditions de vie.
L’article 64 de la Constitution de la même constitution, rappelle par ailleurs que : tout Congolais a le devoir de faire échec à toute tentative de prise ou d’exercice du pouvoir en violation des dispositions constitutionnelles. Cette exigence impose au peuple congolais une vigilance permanente face à toute dynamique politique susceptible d’éloigner la nation de ses véritables priorités.
Comme l’avait déclaré le professeur André Mbata Mangu :
« Ceux qui prétendent que réviser la Constitution, c’est aussi la respecter, ressemblent à ceux qui pensent que violer sa propre mère, c’est aussi lui prouver son amour maternel. »
L’histoire ne jugera pas les dirigeants sur le nombre des Constitutions modifiées, mais sur leurs capacités à améliorer les conditions de vie de population.
Aujourd’hui, le véritable référendum quotidien des Congolais se déroule dans les marchés, les hôpitaux, les écoles, les routes abandonnées et les foyers frappés par la précarité.
Et sur cette question essentielle, le peuple attend encore des réponses concrètes.
YOURECK MASIALA KUMBI
Spécialiste en droit public interne,
Collaborateur de l’ASBL Nouvelle Vision du Grand Léopoldville