[Tribune] : « En RDC, la diplomatie de la frustration face à l’enlisement de la situation sécuritaire à l’Est du pays », Juven's Luvengo
De Washington à Moscou, en passant par Doha, se joue la survie de l’intégrité territoriale de la RDC. Dorénavant, la diplomatie de la frustration s’impose face à la lenteur, pire, au non-respect des engagements par l’AFC/ M23 aujourd’hui F.R.N soutenu par le Rwanda, des accords de Washington et de Doha.
À Moscou, lors de son allocution au 3ème Sommet Russie-Afrique, au Kremlin, le 29 octobre 2026, le Président de la République Félix Tshisekedi a ouvertement exprimé sa déception, affirmant que la RDC, son pays, assume ses obligations, tandis que la mise en œuvre concrète des processus de Washington et de Doha, se fait toujours attendre.
Par ailleurs, en l'absence de résultats tangibles sur le terrain, attendus des accords de Washington et de Doha, le Président de la République Félix Tshisekedi et son gouvernement sollicitent le soutien de la Fédération de Russie, aux efforts de paix dans l'est du pays notamment l’application de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’O.N.U, dont elle est membre permanent, une manière de mettre la pression sur les Occidentaux.
L’impasse face au statu quo sécuritaire à l’Est du pays
La RDC est en quête de la paix dans sa partie Est, face au plan latent de la balkanisation. Sa population civile vit les affres des violences, depuis trois décennies, marquées par une recrudescence dramatique des exactions sommaires, en dépit, des processus de paix de Doha et de Washington.
Quant à ce, dans les différentes capitales, d’Afrique de l’Est et Centrale, Nairobi et Luanda, d’Amérique du Nord, Washington, d’Asie de l’Ouest, le Qatar et désormais d’Europe de l’Ouest et d’Asie de l’Est, Moscou, se jouent la survie de l’intégrité territoriale, le respect et l’intangibilité des frontières de la RDC, héritées depuis 1885, du retrait des troupes rwandaises du territoire national, du maintien de la paix et de la stabilité, de la restauration de définitive de l’autorité de l’État, dans sa partie orientale.
Les résultats tardent à arriver, pour cause, le chevauchement temporel, politique et juridique majeur entre la Résolution 2773 du Conseil de sécurité de l'O.N.U et les accords de Washington et de Doha.
Si le Président de la République Felix Tshisekedi n’a surtout pas eu tort de dénoncer l’agression rwandaise via ses supplétifs du M23, par après l’AFC/ M23, aujourd’hui le F.R.N, dirigé par son prédécesseur Joseph Kabila. Il n’a pas non plus eu raison de court-circuiter, la Résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations-Unies, adoptée à l'unanimité le 21 février 2025, lors de sa 9865ème séance, en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations-Unies, pour entamer la signature du cadre de Doha, au mois de novembre 2025, avec l'AFC/M23 et l'accord de Washington, en décembre 2025, entre la RDC et le Rwanda.
Quid de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations-Unies?
La Résolution 2773 du Conseil de sécurité, avait désigné clairement le Rwanda pour son soutien politique et militaire au M23, condamné fermement l'offensive en cours de ce dernier, dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Qui plus est, la Résolution 2773, avait exigé explicitement le retrait immédiat et sans condition des troupes rwandaises, les R.D.F, du territoire national, l’arrêt immédiat des hostilités du M23/ R.D.F et leur retrait des zones passées sous leur occupation notamment les villes de Goma et de Bukavu ainsi que la cessation de tout soutien extérieur aux groupes armés qui sévissent à l’Est du pays.
La Résolution 2773, ayant été adoptée sous le Chapitre VII, elle revêtait un caractère juridiquement contraignant, conformément à l’Article 25 de la Charte de l’Organisation des Nations-Unies. Ladite Résolution, conforte véritablement la RDC, car, elle réaffirme encore à ce jour, le respect de l'intégrité territoriale et de la souveraineté de la RDC.
Les risques de la chronicité de la déstabilisation de l’Est de la RDC
Venons-en au principe selon lequel l'État, n'est pas une simple construction juridique ou politique abstraite, mais un être vivant qui naît, grandit, atteint sa maturité, décline et finit par mourir, disparaît du globe terrestre. En référence, à la vision de Friedrich Ratzel, le père-fondateur de la géopolitique allemande et de la géographie politique à la fin du XIXème siècle.
S’agissant des risques que peut courir un État, dans les neuf voisinages que compte la RDC, dans ses frontières de 787 km, au Nord-est, avec le Soudan jusqu’au 9 juillet 2011, date de l’indépendance du Soudan du Sud, ce pays voisin, autrefois le plus vaste d’Afrique, l’un des berceaux majeurs de la civilisation africaine, s’est vu éclater en deux.
Pendant ce temps, le Président de la République Félix Tshisekedi, est attaqué frontalement par son prédécesseur
L’ancien Chef de l’État redevenu rebelle, Joseph Kabila, l’homme des rwandais joue sur deux tableaux. D’une part, la défense de la cause tutsie congolaise, les Banyamulenge, cette minorité, au cœur de l’instabilité de l’intégrité territoriale, en fustigeant les actions des Wazalendo, évoque l’existence et l’implication des F.D.L.R et condamne la présence des mercenaires étrangers aux côtés des FARDC sur les champs de bataille, d’autre part, il manie l’épineuse question autour du changement de la Constitution et de la tenue des élections, critique la gouvernance actuelle, allant jusqu’à la qualifier de tyrannique.
Son prédécesseur est prêt à tout, il voudra reprendre le pouvoir, à Kinshasa, devant lui permettre de récupérer ses avantages économico-financiers mis en mal et veiller sur les intérêts étrangers notamment rwandais, aux dépens de la souveraineté nationale dans nos frontières.
Au sein de l'opinion nationale et de la classe politique, le dialogue national inclusif est réclamé
L’espoir de voir les hostilités cesser à l’Est du pays, par les interventions diplomatiques, voire des réelles pressions sur Paul Kagame et son régime, s’amenuisent et laissent la place au scepticisme profond quant à la capacité réelle à faire taire les armes et à récupérer les territoires sous occupation, depuis le premier mandat du Chef de l’État Félix Tshisekedi.
La cerise sur le gâteau, la transformation et l’intégration de l’AFC/ M23 en F.R.N, dirigé par Joseph Kabila, rajoutent une touche de complexité, sur ce que Washington devra prendre comme sanctions et pressions, à l’endroit du régime de Paul Kagame.
La reprise directe, par Joseph Kabila de l’A.F.C/ M23 muée en F.R.N, fait intervenir la stratégie de congoliser l’agression rwandaise, détricote la thèse de la main mise de Paul Kagame, cristallise les accusations de haute trahison portées contre Joseph Kabila et ses services aux intérêts rwandais.
Comment parvenir à la cessation des hostilités à l’Est du pays, sans la participation au dialogue, des supplétifs de Paul Kagame dont le F.R.N de Joseph Kabila?
Il y a donc une forte probabilité que la dialogue de l’O.U.A puisse se reproduire, c’est-à-dire en l'absence d'un consensus autour de la participation du camp Kabila, le F.R.N, comme l’exige la frange de l’opposition réunie au sein de la coalition C64, bien que considéré, par la majorité au pouvoir et la majorité des populations congolaises, comme étant les proxys de Paul Kagame. En cas de persistance de la part de l’opposition, de la tenue d’un dialogue national véritablement inclusif, le format que propose le pouvoir, risque d'être perçu comme un monologue, d’après, une certaine opinion, amoindrissant dès lors l’opportunité de réconcilier la classe politique congolaise, pouvant résoudre les problématiques de la restauration de l’autorité de l’État, du vivre-ensemble entre les communautés, de la cohésion nationale et de l’unité nationale.
La radicalisation des positions laisserait entrevoir, qu’il s’en suivra un autre dialogue, devant accoucher un compromis politique pour traverser l’expiration du second mandat présidentiel, du Chef de l’État Félix Tshisekedi, en cas de non-tenue du référendum pour le changement de la Constitution.
Dans l’entre-temps, la République perdrait en temps et en fonds alloués pour l’organisation d’un dialogue national. Le budget du dialogue national, dans les prochains mois, est estimé à 61 millions de dollars américains, à en croire, les chiffres avancés par le gouvernement.
À suivre…
Juven’s Luvengo, Cadre influent du MLC, parti politique cher à Jean-Pierre Bemba.