[Tribune] : « Dialoguer, oui. Gouverner, aussi », Youreck Masiala
Pendant que les dirigeants se parlent, les familles, elles, continuent de vivre leurs urgences. Le 27 août 2026, le Président Félix Tshisekedi annonçait l’ouverture du Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, avec une durée maximale de trois mois. Le processus doit commencer par des consultations dans les 26 provinces avant les assises nationales à Kinshasa.
Au 23 septembre, 27 jours se sont déjà écoulés, laissant, à titre de simple repère calendaire, 65 jours jusqu’au 27 novembre.
Trois mois peuvent être nécessaires pour se parler, confronter les points de vue et rechercher des convergences. Mais pendant que les acteurs politiques dialoguent, la vie du pays, elle, ne peut pas être mise entre parenthèses.
La marche du 22 septembre l’a encore illustré. Des Congolais sont descendus dans la rue pour exprimer leur soutien aux institutions, au dialogue annoncé et au référendum, dans le cadre d’une manifestation autorisée par l’Hôtel de ville de Kinshasa.
Parmi les images de cette mobilisation, celles de femmes portant leurs bébés au dos interpellent particulièrement. Derrière une mère qui marche, il y a aussi une famille, des besoins, des inquiétudes et des espérances.
Sans prétendre parler à leur place, cette image nous rappelle simplement une chose : la politique doit finir par rejoindre la vie quotidienne des citoyens.
Car une mère peut marcher dans la rue aux côtés d’un dirigeant ; elle doit aussi pouvoir compter, au quotidien, sur un État capable de répondre aux besoins de sa famille.
Pendant ce temps, les institutions doivent continuer à fonctionner. Le Parlement a repris ses travaux et le Gouvernement a déposé, le 15 septembre, le projet de loi de finances 2027, chiffré à 56 929 milliards de francs congolais, soit 24,8 milliards de dollars américains.
Voilà pourquoi dialogue politique et gouvernance ne doivent pas être opposés.
Pendant que les responsables politiques recherchent des solutions, le Gouvernement doit gouverner, le Parlement doit exercer ses prérogatives et l’administration doit continuer à servir.
Car derrière les institutions, il y a cette mère qui cherche de quoi nourrir ses enfants. Il y a ce jeune diplômé qui attend sa première opportunité d’emploi. Cette famille qui veut vivre en sécurité. Ce citoyen qui attend des soins, une école fonctionnelle ou simplement un service public qui fonctionne.
Le peuple n’attend pas seulement que ses dirigeants se parlent. Il attend aussi que l’État continue de lui répondre.
Le dialogue peut rechercher la paix et la cohésion. La gouvernance, elle, doit continuer à faire vivre la République.
Dialoguer pour rechercher des solutions, oui.Gouverner pour répondre aux urgences du pays, aussi.Parce que la République ne peut pas s’arrêter pendant que ses dirigeants se parlent.Dialoguer, oui. Gouverner, aussi. Servir le peuple, toujours.
YOURECK MASIALA KUMBI
Juriste de formation, spécialiste en droit public interneCollaborateur de l’ASBL Nouvelle Vision du Grand Léopoldville (NVGL) et partenaire de la Fondation Pierre Mulele