[Tribune] : « Dialogue national en rdc : et si Felix Tshisekedi voulait jouer sur le temps ? », Serge Zanga
Depuis plusieurs mois, le débat sur l’organisation d’un dialogue national en République Démocratique du Congo fait couler beaucoup d’encre et de salive et s’impose progressivement comme l’un des principaux sujets du débat politique. D’abord, proposé par la CENCO et l’ECC, ensuite, voulu par l’opposition républicaine, après, annoncé comme perspective de concertation, il a été officiellement lancé par le président Félix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO sous l’appellation de « dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’Etat ». D’après le président de la république, ce processus doit être limité à trois mois et commencer par des consultations dans les vint six provinces avant les assises nationales à Kinshasa.
Toutefois, cette initiative, présentée comme une réponse à la crise nationale, soulève une interrogation : et si Félix Tshisekedi voulait jouer sur le temps ? Cette question mérite d’être posée, non pas pour attribuer au chef de l’Etat une intention qu’il n’a pas publiquement annoncée, mais pour comprendre les enjeux politiques autour du calendrier et du processus retenus.
Un dialogue annoncé avec un calendrier qui interpelle
Le 17 Juillet 2026, les confessions religieuses annonçaient que Félix-Tshisekedi avait levé l’option d’engager la RDC dans un dialogue inclusif, les modalités devraient être précisées chemin faisant. Il a fallu attendre quelques semaines plus tard, soit le 27 août, pour que le président précise d’avantage le projet de dialogue. Celui-ci devrait être organisé à partir des provinces et réunir différentes composantes de la société congolaise : majorité au pouvoir, opposition, société civile, confessions religieuses, autorités coutumières, scientifiques, acteurs sociaux-économiques, hommes, femmes, jeunes, diaspora. Sur papier, le processus parait structuré. Mais en politique, le calendrier est lui-même un instrument du pouvoir en place.
Gagner du temps ou donner du temps au dialogue ?
Un dialogue national ne se résume pas à la simple réunion autour d’une table. Il suppose des consultations, des négociations, des désaccords, des intérêts, des compromis et compromissions et d’un agenda accepté par tous. Tandis que le pouvoir a clairement défini plusieurs lignes du dialogue, notamment en insistant sur le fait que le dialogue ne devrait pas devenir un mécanisme de partage du pouvoir ni un moyen de contourner les institutions, tout en écartant l’opposition armée (AFC-M23) et Joseph KABILA. Pour le pouvoir, ces conditions constituent une ligne rouge destinée à préserver l’ordre institutionnel. Une partie de l’opposition, dont la coalition Article 64, rejette le processus, tout en pointant du doigt son irrégularité. Ainsi, le temps peut devenir un enjeu politique en lui-même.
Pendant qu’on cherche à dialoguer, d’autres débats persistent
À l’exception du débat politique sur l’organisation du dialogue national, un autre débat sur l’avenir institutionnel du pays et celui autour de de la constitution continuent de structurer les positions des acteurs politiques. Pendant que les médias annonçaient l’entrée de la phase décisive du dialogue, le parlement poursuivait l’examen de la loi référendaire et la majorité présidentielle maintenait sa mobilisation autour de la réforme constitutionnelle. C’est dans cette ligne d’idée que l’expression « jouer sur le temps » prend tout son sens analytique.
Le temps comme stratégie politique : réalité ou simple hypothèse ?
Dire que Félix Tshisekedi « joue sur le temps » serait aller au-delà des faits si l’on entend par là affirmer qu’il poursuit secrètement une stratégie déterminée. Le président de la République qui convoque un dialogue, fixe une durée et organise des consultations successives maîtrise une partie du calendrier politique. La question n’est même pas de savoir si Félix Tshisekedi gagne du temps, mais de savoir à quoi ce temps doit lui servir. Serait-ce à construire un consensus? À reformer les institutions? À résoudre les défis sécuritaires? À attendre le dépôt des armes de l’opposition armée? À préparer une nouvelle ère politique? Pour l’instant, les faits ne permettent pas d’infirmer ou de réfuter ces différentes hypothèses.
Conclusion : le véritable test sera celui des résultats car le temps révélera la vérité du dialogue
Au delà des déclarations politiques, le vrai critère d’appréciation du dialogue national sera sa capacité à produire des résultats positifs, concrets et escomptés. Le débat sur le dialogue national en RDC ne devrait donc pas se limiter à la question de savoir qui sont pour ou contre Félix Tshisekedi, il devrait porter sur les règles du processus, son caractère globalisant et inclusif, son agenda, ses garanties et ses résultats concrets. Et si Félix Tshisekedi voulait jouer sur le temps? La question reste toutefois ouverte. Mais une chose paraît certaine: en politique, le temps n’est jamais totalement neutre. Le vrai enjeu sera de savoir qui maîtrise ce temps, qui le subit et quels en seront les effets.
Serge ZANGA KUZUNA, diplômé de Master en Communication socio-éducative et stratégique.