Par air, par terre, sur les eaux et jusque dans les flammes : Septembre, le mois de tous les malheurs en RDC
Naufrages, crash aérien, accidents de circulation et incendies ont endeuillé plusieurs provinces. Des dizaines de vies fauchées,
Il y a des mois qui passent comme une feuille morte emportée par le vent. Septembre 2026, lui, semble vouloir laisser une toute autre empreinte dans les annales congolaises. Par air, par terre, sur les eaux et jusque dans les flammes, la mort aura frappé sur plusieurs fronts. Incendies meurtriers, accidents de circulation, naufrages et crash aérien ont endeuillé plusieurs provinces. Hier dimanche 27 septembre, les événements documentés par Forum des As , font déjà état de plus d’une centaine de morts, auxquels s’ajoutent des dizaines de personnes portées disparues. Un bilan qui, sans constituer une comptabilité nationale exhaustive, donne la mesure d’un mois particulièrement sombre.
Septembre n’aura décidément pas été rose. Il aura été noir. Noir comme ces fumées qui, au petit matin, ont recouvert des maisons et des écoles à Bukavu. Noir comme ces eaux qui ont englouti des passagers dans le lac Tanganyika. Noir comme ces routes devenues, le temps d’un accident, des lieux de deuil. Noir, enfin, comme ce ciel de Kenge d’où un avion ne devait jamais revenir.
On aurait dit que le malheur, après avoir frappé à une porte, avait décidé de faire le tour du pays. « Un malheur n’arrive jamais seul », dit la sagesse populaire. Et septembre semble avoir donné à cette vieille locution une singulière actualité.
INCENDIE SALLE PANACÉE
Le premier grand drame du mois survient à Kinshasa. Dans la nuit du 4 au 5 septembre, un incendie ravage la salle des fêtes Panacée, à Lingwala, alors qu’une cérémonie de mariage bat son plein. La fête se transforme en panique, puis en tragédie. Le bilan officiel communiqué par les autorités fait état de 12 morts, dont sept femmes et cinq hommes, ainsi que plusieurs blessés. Les premiers chiffres avaient toutefois été plus élevés, témoignant d’un bilan qui a évolué au fil des opérations d’identification.
L’émotion passée, Kinshasa annonce le contrôle de conformité des salles de fêtes et autres espaces accueillant du public. Une mesure qui pose déjà une question essentielle : combien d’autres établissements présentent-ils aujourd’hui des risques similaires ?
À BUKAVU LE FEU EMPORTE DES ENFANTS
À peine quelques jours plus tard, le drame change de décor. Le 10 septembre, Bukavu est frappée par un incendie qui touche notamment deux établissements scolaires. Dans la panique, des élèves tentent de fuir. La bousculade devient mortelle. Le bilan communiqué par les sources hospitalières monte à 29 morts, principalement des enfants.
Imaginez un seul instant, des enfants venus apprendre, devenus victimes d’un incendie dont les circonstances restaient encore à déterminer.
La tragédie est d’autant plus saisissante qu’elle intervient dans un environnement urbain où la promiscuité, la densité de l’habitat et les difficultés d’accès des secours peuvent rapidement transformer un sinistre localisé en catastrophe collective.
Sur les routes, la mort aussi a pris ses quartiers
À Mitwaba, dans le Haut-Katanga, la nuit du 15 au 16 septembre restera comme l’une des plus meurtrières du mois. Un camion Howo transportant des marchandises et des passagers termine sa course dans une rivière à Mukana.33 personnes perdent la vie et une vingtaine d’autres sont blessées.
Le drame remet au premier plan une question récurrente dans le transport congolais : celle du mélange entre transport de marchandises et transport de personnes, auquel s’ajoutent les interrogations sur l’état mécanique des véhicules et le respect des règles de sécurité.
Et la liste ne s’arrête pas là.
Le problème est d’ailleurs plus vaste que les seuls accidents dont le bilan est précisément documenté. Dans le Kasaï-Oriental, 105 accidents de circulation ont été recensés en seulement cinq jours, du 7 au 11 septembre, selon les statistiques communiquées par les autorités provinciales et rapportées par Forum des As. Le nombre de décès correspondant à ces 105 accidents n’a toutefois pas été précisé. C’est dire si les chiffres disponibles ne racontent qu’une partie de l’histoire.
LES EAUX DEVIENNENT DES TOMBEAUX
Le 23 septembre, le lac Tanganyika devient le théâtre d’un nouveau drame. Le MV MJP, parti de Kigoma en Tanzanie à destination de Kalemie, sombre au large de Kabimba, dans la zone de Mapera.
Les chiffres communiqués ont évolué au fil des heures. Les autorités provinciales ont notamment fait état de 41 personnes portées disparues et 43 rescapés dans un bilan ultérieur.
À bord : des passagers, mais également une importante cargaison. Des sources locales ont évoqué plus de 480 tonnes de marchandises et quatre véhicules, alimentant les interrogations sur les conditions de chargement de l’embarcation. Les causes exactes du naufrage restent toutefois à établir par les investigations.
Une semaine qui n’était pas encore terminée que le lac Kivu venait, à son tour, endeuiller le Sud-Kivu. Dans la nuit du 26 au 27 septembre, une embarcation motorisée fait naufrage dans le territoire d’Idjwi.
Au moins 12 corps sont repêchés. Cinq rescapés sont signalés par des sources locales, tandis que le nombre exact de personnes qui se trouvaient à bord demeure inconnu.
PUIS VINT KENGE, ET LE CIEL LUI AUSSI ASSOMBRI
Un petit porteur de type Let 410, exploité par Tracep Congo Aviation, s’écrase dans une parcelle de la ville alors qu’il assure la liaison Kikwit-Kinshasa. Le premier bilan fait état de 13 morts. Quelques heures plus tard, après les opérations de récupération des corps, le bilan est porté à 17 morts, dont 16 adultes et un bébé.
Parmi les victimes figurent deux hauts responsables de la justice militaire : le lieutenant-général Joseph Mutombo et le lieutenant-général Lucien-René Likulia.
L’appareil aurait rencontré un problème en vol avant de survoler Kenge à la recherche d’un endroit où se poser. Les circonstances précises du crash restent à établir.
Et cette fois, le gouvernement ne s’est pas contenté de condoléances.
Le lendemain du crash, le ministre des Transports, Jean-Pierre Bemba, ordonne la suspension du Certificat de transporteur aérien de Tracep Congo Aviation dans l’attente des conclusions des enquêtes. La compagnie avait déjà connu un accident mortel à Walikale en juillet, selon Radio Okapi.
Le ministère de la Justice a, de son côté, annoncé l’ouverture d’une enquête judiciaire afin d’établir les faits, les circonstances et les causes précises de l’accident. Septembre aura été un mois particulièrement meurtrier. Au-delà des condoléances, quelles mesures ?
À chaque catastrophe, le même rituel revient. Les autorités expriment leur compassion. Des communiqués sont publiés. Les familles sont reçues. Des enquêtes sont annoncées. Les drapeaux peuvent être mis en berne. Et on finit par revenir dans la case départ.
Car en matière de sécurité, errare humanum est, mais répéter les mêmes erreurs sans en tirer les conséquences finit par transformer la fatalité en problème de gouvernance.
Faut-il attendre que les têtes tombent ?
La question est forcément posée après une telle succession de drames : faut-il des sanctions administratives ? Des suspensions ? Des révocations ? Des démissions ? Il serait toutefois hasardeux de désigner des responsables avant que les enquêtes établissent les causes et les éventuels manquements de chacun.
Une chose est néanmoins certaine : une politique publique de sécurité ne peut pas se limiter à intervenir après le drame. Prévenir plutôt que pleurer. Contrôler plutôt que constater. Sanctionner les manquements lorsqu’ils sont établis plutôt que se contenter de déplorer leurs conséquences.
Septembre n’est pas encore terminé Et c’est peut-être le plus inquiétant. Nous ne sommes que le 27 septembre. Le mois n’a pas encore rendu son dernier souffle que la RDC compte déjà ses morts, ses blessés, ses disparus et ses maisons parties en fumée.
Christian-Timothée MAMPUYA, Forum des As