Mardochée Mungolo, de bassiste à chef d’orchestre de Gally Garvey : les coulisses de l’album « ADN »
Derrière l'identité musicale d'un artiste se trouve souvent le travail discret de plusieurs instrumentistes. Chez Gally Garvey, Mardochée Mungolo occupe une place particulière. Bassiste de formation et licencié en communication des organisations, il est le chef d'orchestre de l'artiste depuis quatre ans. À l'occasion de la sortie de son nouvel album « ADN », il revient sur son parcours, son implication dans la réalisation de ce projet et ses ambitions pour la musique congolaise.
La passion de la musique accompagne Mardochée Mungolo depuis son enfance. Ses premiers pas se font dans les petits orchestres d'amusement constitués entre enfants de son quartier. Très tôt attiré par les sonorités, il rejoint la chorale de son église comme percussionniste. C'est toutefois la guitare basse qui va progressivement s'imposer dans son parcours, presque par hasard.
« La basse, je ne l'ai pas choisie. J'ai commencé à la toucher parce que nous en avions une à la maison, qui appartenait à mon grand frère », raconte-t-il. Autodidacte à ses débuts, il développe d'abord son oreille musicale avant de bénéficier de l'encadrement d'un formateur qui enseignait également à son frère.
Son apprentissage se poursuit au centre de formation professionnelle de l'Institut national des arts et spectacles (INAS), parallèlement à ses études à l'IFASIC, aujourd'hui UNISIC. Une double formation qui lui impose finalement un choix : privilégier ses études universitaires après une période marquée par des résultats académiques médiocres. Il met alors temporairement entre parenthèses sa formation musicale pour se concentrer sur le journalisme, avant de reprendre progressivement son parcours artistique.
De plusieurs orchestres de quartier à la prestigieuse chorale Mgr Luc Gillon, puis à l'orchestre Symphonie Céleste de l'abbé Cola Lubamba, Mardochée forge son expérience et affine sa maîtrise instrumentale. Son parcours le conduit finalement auprès de Gally Garvey, qu'il rejoint après la sortie du premier album de l'artiste, à la suite d'une recommandation d'un ancien ami qui l'avait remarqué dans la chorale Luc Gillon.
Quatre ans à la direction musicale de Gally Garvey
D'abord recruté comme bassiste, Mardochée Mungolo évolue vers la fonction de chef d'orchestre. Une progression qu'il attribue à ses compétences musicales et à ses aptitudes en leadership. « J'ai été testé et ça a marché. Aujourd'hui, cela fait quatre ans que j'occupe ce poste », explique-t-il.
Son travail ne se limite pas à diriger les instrumentistes pendant les prestations. Il consiste notamment à traduire la vision de l'artiste auprès de l'équipe, organiser les répétitions et veiller à la qualité artistique et musicale des spectacles. La sonorisation, la chorégraphie et la scénographie font également partie des aspects auxquels il doit accorder une attention particulière.
Cette responsabilité implique aussi de préparer les prestations en fonction des attentes du public et du rendement de l'artiste sur scène. Un rôle de coordination qui nécessite autant de maîtrise musicale que de capacité à fédérer une équipe.
« ADN », un album pour affirmer l'identité musicale de Gally Garvey
Dans la réalisation du nouvel album « ADN », Mardochée Mungolo a occupé une double fonction : bassiste et acteur de la direction musicale. Il affirme avoir participé à la création des lignes de basse, des introductions et à plusieurs autres aspects liés aux arrangements.
« Je suis intervenu du début à la fin des enregistrements, avant que le mixage et le mastering soient faits hors du continent », précise-t-il.
Pour lui, « ADN » marque une nouvelle étape dans le parcours de Gally Garvey. Contrairement à « Amour et moi », qu'il considère comme un album de découverte et de présentation de l'artiste au public, cette nouvelle production traduit une volonté de positionnement et d'affirmation artistique.
Le titre « NGOO » occupe une place particulière dans ses souvenirs de studio. Il le cite spontanément comme le morceau dont il est le plus fier, en raison de l'investissement personnel qu'il y a consacré. « Je me suis vraiment donné à fond pour cette chanson. J'ai joué avec tout mon cœur, au point que l'introduction met la basse au premier plan », confie-t-il.
Comme dans toute création collective, le processus n'a pas été exempt de divergences. Des désaccords ont parfois surgi entre les intervenants, chacun défendant ses propositions. Mais, selon lui, ces différences ont permis d'aboutir à des compromis et de faire avancer le projet.
Valoriser les instrumentistes et promouvoir autrement la culture congolaise
Interrogé sur la reconnaissance du travail des musiciens qui accompagnent les grandes vedettes, Mardochée Mungolo estime ne pas souffrir d'un manque de considération.
« Je me sens reconnu parce que je m'impose. J'ai au moins le fruit de ce que je sème », affirme-t-il, ajoutant que ceux qui suivent attentivement son travail peuvent également en témoigner.
Il estime par ailleurs qu'il est possible de vivre du métier de musicien en République démocratique du Congo, à condition de s'investir dans son travail.
Pour les jeunes qui ambitionnent de faire carrière dans la musique, son conseil est sans détour : « Soyons prétentieux, ayons le courage d'apprendre sans limites, peu importe le prix à payer. »
Au-delà de son travail avec Gally Garvey, Mardochée nourrit une ambition particulière : mettre sur pied un groupe de musique philharmonique qui valoriserait la main-d'œuvre locale et contribuerait à faire rayonner autrement la culture congolaise. Un projet qui, selon lui, attend encore un accompagnement et des financements.
Entre la guitare basse, la direction musicale et ses ambitions personnelles, Mardochée Mungolo entend ainsi poursuivre son parcours, avec la volonté de faire de la musique un espace d'expression, de création et de valorisation du savoir-faire congolais.