Crash à Kenge : quand le drame rappelle un Grand Bandundu délaissé au fil du temps [Edito]

Vendredi 25 septembre 2026, à 14 heures, un petit porteur de type Let 410, immatriculé 9S-GUC, a fini sa course dans le quartier Manzau, dans la commune de Masikita, ville de Kenge, chef-lieu de la province du Kwango.

Hugues Mpaka

26 Septembre 2026 - 11:07
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Crash à Kenge : quand le drame rappelle un Grand Bandundu délaissé au fil du temps [Edito]

Cet appareil, qui transportait notamment des officiers de l’armée congolaise, n’a pas pu se poser en urgence dans le chef-lieu de la province, faute d’une piste d’atterrissage opérationnelle. Conséquence : 17 morts, aucun survivant, parmi lesquels des hauts responsables de la justice militaire.

Selon les informations recueillies auprès de plusieurs sources, le pilote a cherché une piste pour faire atterrir cet avion. Aucune autre possibilité ne lui a été favorable, car l’aérodrome de Kenge, délaissé depuis des décennies, s’est transformé en quartier résidentiel.

Ce drame, qui vient encore endeuiller la ville martyre de Kenge, rappelle ce que plusieurs ignorent, ou mieux, font semblant d’ignorer : le délaissement de l’espace Grand Bandundu par les pouvoirs qui se succèdent.

Depuis l’avènement de la République démocratique du Congo en 1960, peu de projets à grand impact ont été réalisés dans cette zone géographique congolaise. De Kasavubu à Tshisekedi, en passant par Kabila père et fils, aucun chef de l’État n’a accordé une place centrale de sa gouvernance au Grand Bandundu. Pourtant, tous ces chefs d’État ont bénéficié de l’accompagnement des leaders de cet espace.

La ville de Kenge fait partie des chefs-lieux les plus reculés du pays. Elle ne dispose, à ce jour, d’aucun aéroport ni d’une piste d’atterrissage opérationnelle, pas d’eau ni d’électricité, et manque d’infrastructures de santé. Bref, le minimum vital est loin d’être acquis et rien ne symbolise réellement l’existence d’une ville, de surcroît chef-lieu d’une province. Pourtant, plusieurs cadres du pays sont originaires de cette ville-martyre.

Si la ville de Kenge semble être l’un des endroits les plus reculés du pays, l’espace Grand Bandundu en général l’est également. Le chef-lieu de la province du Kwilu, Bandundu-ville, ne dispose que d’un petit aéroport où l’attente avant embarquement se fait à l’air libre. La route, mieux, le tronçon reliant Mongata à Bandundu, ne vivait que du cantonnage manuel et des efforts de l’OVD (Office des voiries et drainage) et de l’OR (Office des routes). À ce jour, cette route est dans un état de délabrement très avancé, empêchant toute bonne circulation des véhicules. À cela s’ajoute l’insécurité liée au phénomène Mobondo.

Le constat est alarmant dans le Maï-Ndombe, où la ville d’Inongo ne peut pas accueillir de grands avions comme d’autres villes du pays, faute d’un aéroport répondant aux normes.

Seule la ville de Kikwit semble bénéficier de l’attention du pouvoir en place en termes d’infrastructures et de travaux publics. Mais la capitale économique du Kwilu ne dispose, elle aussi, que d’une petite piste où atterrissent des petits porteurs, à intervalles irréguliers.

Pourtant, plusieurs coins du pays se modernisent grâce à l’implication du pouvoir central. Cette politique consistant à concentrer ses attentions sur certains coins du pays et à en abandonner d’autres pousse à s’interroger sur les critères de choix mis en place par l’État pour déterminer les lieux d’exécution des projets et les priorités des pouvoirs publics.

Elle interroge aussi sur la répartition équitable et le développement équilibré du pays, notamment à travers des programmes comme celui du développement local de 145 territoires, qui semble propulser certaines régions au détriment d’autres.

Si Kenge disposait d’un aéroport, mieux, d’un aéroport moderne, ce drame qui a notamment tué le général Lucien-René Likulia, Auditeur général des Forces armées de la République démocratique du Congo, aurait-il pu être évité ?

Ce n’est pas la première fois que le Grand Bandundu est frappé par un drame aérien. En août 2010, un avion en provenance de Kinshasa avait raté son atterrissage dans la ville de Bandundu. Dix-neuf personnes avaient été tuées dans ce drame, seuls deux passagers ayant survécu.

Cette situation doit aussi réveiller les consciences des leaders de l’espace Grand Bandundu, particulièrement ceux qui participent à la gestion du pays, afin qu’ils plaident auprès de la hiérarchie pour que la tendance soit renversée. Rester silencieux sans agir ne fera que reculer davantage cette région qui regorge de plusieurs intellectuels du pays.

Hugues Mpaka Journaliste, rédacteur et reporter au sein de la rédaction de la UNE.CD ; Community Manager, passionné des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC) ; licencié en Sciences de l'Information, département de multimédia de l'Institut Facultaire des Sciences de l'Information et de la Communication (IFASIC), actuelle Université des Sciences de l’Information et de la Communication