Condamnation du docteur David : « en tant que femme et mère, il m’est difficile de comprendre qu’une peine aussi clémente puisse être accordée à l’auteur d’une violence aussi grave » [ Tribune de réflexion de Rebecca Efoya]
Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 260 000 décès maternels sont enregistrés chaque année dans le monde.
Plus de 700 femmes meurent chaque jour, et 90 % de ces décès surviennent dans des pays à faible revenu.
À elle seule, l’Afrique subsaharienne représente près de 70 % des décès.
En RDC, les femmes meurent de plus en plus en donnant la vie. Sur les réseaux sociaux, elles dénoncent quotidiennement cette situation. Pendant ce temps, certaines familles restent dans l’ignorance, n’ayant jamais su les causes exactes des décès de leurs proches. Complications, hémorragies, éclampsie… ce sont là les explications les plus souvent avancées.
Mais que se passe-t-il réellement dans nos salles d’accouchement ?
Très souvent, les femmes sont victimes de violences dans nos structures de santé, alors même qu’elles viennent donner la vie : violences verbales, morales, et pour certaines, physiques. Elles témoignent, encore et encore, mais la situation persiste.
Je ne remets pas en cause la décision du juge dans l’affaire du Dr David Balenganayi Kayembe et Dorcas Moya. Cependant, en tant que femme et mère, il m’est difficile de comprendre qu’une peine aussi clémente puisse être accordée à l’auteur d’une violence aussi grave.
Que diront toutes ces femmes victimes de violences — verbales, morales ou physiques — de la part du personnel soignant ?
Que diront ces familles qui ont perdu les leurs dans des circonstances similaires ?
S’agit-il d’une manière, pour l’État congolais, de banaliser les violences faites aux femmes ?
Une quelconque pression peut-elle réellement justifier une telle brutalité ?
Vivons-nous dans un pays où la victime est blâmée pendant que l’agresseur est applaudi ?
Quelles solutions envisager face à de telles situations ?
Devons-nous craindre les structures de santé ou accepter la violence sous prétexte de sauver des vies ?
Il est temps de dire stop. Donner la vie ne devrait jamais exposer une femme à la peur, à la violence ou à la mort. Chaque témoignage ignoré est un rappel cruel que notre système de santé doit changer. Les victimes méritent d’être entendues, les familles de connaître la vérité, et les responsables de rendre des comptes.
La RDC ne peut plus se permettre de fermer les yeux sur ces violences. Protéger les femmes, c’est protéger l’avenir du pays. Tant que les salles d’accouchement resteront des lieux de crainte au lieu de sécurité, il faudra continuer à questionner, dénoncer et agir. La violence n’est jamais justifiable, et la dignité d’une mère ne doit jamais être compromise.
Pour rappeler les faits, le docteur David auteur des violences obstétricales sur une dame dont la vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, il a été arrêté puis déféré devant la justice en procédure de flagrance. Le juge président du procès a condamné vendredi 3 avril dernier l'auteur de violences à 2 mois de servitude assorti d'un sursis d'une année, avec une caution de 25 millions de francs congolais. Ce qui veut dire en d'autres termes que le médecin auteur des violences ne fera pas de prison.