Masculinité positive en RDC : du discours à la pratique, le défi d’un changement réel des comportements
Malgré les campagnes de sensibilisation et les engagements politiques, les violences basées sur le genre (VBG) persistent en République démocratique du Congo, rappelant l’urgence d’un changement réel des comportements masculins. C’est dans ce contexte que la célébration de la deuxième édition de la Journée nationale de la masculinité positive, ce mardi 31 mars 2026, a remis au centre du débat la responsabilité individuelle des hommes dans la construction d’une société plus juste et pacifique.
À travers le pays, autorités publiques, acteurs sociaux et organisations communautaires ont insisté sur le fait que la transformation des mentalités ne dépend pas uniquement des institutions, mais surtout de l’engagement du citoyen ordinaire dans sa vie quotidienne.
Selon Jean Mbo, Coordonnateur national adjoint de la cellule technique mixte de la masculinité positive, service spécialisé du ministère du genre, famille et enfant, la masculinité positive constitue avant tout un engagement personnel et social.
« La masculinité positive désigne un style de vie adopté par l’homme, fondé sur des comportements dépourvus de violence. Elle se caractérise par des valeurs telles que le respect, la responsabilité et l’empathie envers la femme. Un homme qui incarne cette masculinité s’engage activement à accompagner la femme dans la promotion de ses droits et dans la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) », a-t-il expliqué lors d’une interview.
Un engagement politique symbolique mais attendu sur le terrain
En République démocratique du Congo, la célébration de cette journée a été marquée par une reconnaissance au plus haut niveau de l’État. Le président de la République, Félix Tshisekedi, a reçu, mardi 31 mars, le trophée de la masculinité positive, après avoir été désigné Champion de la masculinité positive par ses pairs de l’Union africaine, en raison de son engagement en faveur des droits des femmes et de l’égalité entre les sexes.
Cette distinction symbolique traduit une volonté politique affirmée. Toutefois, pour de nombreux observateurs, le véritable défi reste l’appropriation de ces valeurs par les hommes dans leur quotidien, au sein des familles, des communautés et des milieux professionnels.
La ministre du Genre, famille et enfant, Micheline Ombae a d’ailleurs rappelé que la transformation sociale ne peut se limiter aux discours.
« La masculinité positive n’est plus un slogan, mais une réalité vivante qui se manifeste par des actes concrets au quotidien », a-t-elle déclaré à l’occasion de cette célébration.
Changer les comportements : une responsabilité individuelle
La masculinité positive repose sur des principes simples mais essentiels : respect de la femme, partage des responsabilités familiales, rejet de la violence et promotion du dialogue. Elle invite chaque homme à remettre en question certains comportements hérités de normes sociales qui valorisent la domination ou l’autorité excessive.
Dans la vie quotidienne, cette approche se traduit par des actions concrètes : soutenir l’éducation des filles, participer aux tâches ménagères, protéger les droits des femmes et des enfants, ou encore dénoncer les violences dans son entourage.
La ministre du Genre a résumé cet enjeu en une formule : « Le changement véritable commence comme une vision et s’accomplit par des actes ».
Des mentalités encore influencées par des normes sociales rigides
Malgré les progrès réalisés, certaines pratiques culturelles continuent de renforcer des stéréotypes de genre qui freinent l’émergence d’une masculinité responsable et bienveillante. Dans plusieurs communautés, l’homme reste perçu comme le principal détenteur de l’autorité, tandis que la femme est souvent reléguée à un rôle secondaire.
Ces perceptions peuvent favoriser des comportements violents ou discriminatoires, parfois considérés à tort comme normaux. La persistance des violences conjugales, des mariages précoces ou de l’exclusion des femmes des espaces de décision illustre l’ampleur du travail qui reste à accomplir.
Pour Norah Caroline Mpindi, activiste des droits de femmes, l’égalité entre les sexes nécessite une évolution des mentalités.
« Pour atteindre l’égalité entre les sexes, nous invitons les Congolais à devenir féministes. Nous ne sommes pas là pour prendre la place des hommes, mais pour avoir les mêmes droits », a-t-elle déclaré.
Ce qui reste à faire : mettre en œuvre la stratégie nationale
Si des avancées sont observées, la consolidation de la masculinité positive en République démocratique du Congo passe désormais par l’application effective de la Stratégie nationale de la masculinité positive, publiée en juillet 2024.
Ce document identifie plusieurs priorités pour ancrer durablement ce concept dans la société, notamment :
- le renforcement des campagnes de sensibilisation dans les communautés ;
- l’implication accrue des leaders religieux, coutumiers et communautaires ;
- la promotion de modèles masculins positifs dans les médias ;
- la mise en place de mécanismes efficaces de prévention et de sanction des violences ;
- le développement du dialogue au sein des familles.
Ces actions nécessitent une mobilisation collective et un engagement constant des institutions, mais aussi des citoyens.
Vers une transformation durable de la société
La Journée nationale de la masculinité positive rappelle que la construction d’une société pacifique et équitable ne dépend pas uniquement des politiques publiques, mais aussi des comportements individuels.
Pour la République démocratique du Congo, l’enjeu n’est plus seulement de promouvoir la masculinité positive dans les discours, mais de la traduire en pratiques concrètes au quotidien. Car une société où les hommes et les femmes se respectent mutuellement est une société plus stable, plus juste et plus durable.