Assemblée nationale : Vital Kamerhe visé par une pétition de destitution, déjà plus de 130 signatures récoltées
Le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, fait face à une contestation grandissante au sein même de la majorité présidentielle.
Une pétition initiée par un groupe de députés nationaux, majoritairement issus de la coalition au pouvoir, exige sa destitution ainsi que celle des autres membres du bureau. À ce jour, 131 signatures ont été recueillies contre Kamerhe, dépassant largement le seuil requis pour introduire une motion de déchéance.
Crispin Mbindule, député de la majorité et figure de proue des frondeurs, a confirmé l’initiative, en précisant les principaux griefs reprochés au président de la chambre basse :
- Opacité dans la gestion financière de l’Assemblée nationale ;
- Suppression des soins de santé pour les députés et leurs familles ;
- Manque de moyens pour les missions parlementaires, affectant le bon fonctionnement de l’institution.
« Nous avons recueilli 131 signatures contre Kamerhe. Pour les autres membres du bureau, nous avons également dépassé les seuils requis », a affirmé Crispin Mbindule.
Détail des signatures contre les autres membres du bureau
- Chimène Polipoli Lunda (Questeure) : 119 signatures
- Grâce Neema Paininye (Questeure adjointe) : 67 signatures
- Jacques Ndjoli (Rapporteur) : 84 signatures
- Dominique Munongo Inamizi (Rapporteuse adjointe) : 93 signatures
- Jean-Claude Tshilumbayi (1er vice-président) : 4 signatures
- Christophe Mboso (2e vice-président) : 1 signature
Le dépôt officiel de la motion pourrait intervenir dans les prochains jours, ouvrant ainsi un bras de fer institutionnel qui pourrait redessiner l'équilibre du bureau de l’Assemblée nationale.
2009 : déchéance de Kamerhe et début d'une rupture avec Joseph Kabila
Vital Kamerhe avait été démis de la présidence de l’Assemblée nationale en mars 2009, sous le régime de Joseph Kabila, pour plusieurs raisons officielles et politiques. Voici les principales :
1. Conflit avec le régime Kabila
- Kamerhe s’était publiquement opposé à la manière dont l’accord militaire entre la RDC et le Rwanda avait été conclu pour neutraliser les rebelles du CNDP dans l’Est du pays, sans débat au Parlement.
- Il a critiqué l’entrée de l’armée rwandaise sur le sol congolais sans consultation préalable de l’Assemblée nationale.
2. Accusé de manquement au devoir de réserve
- Le camp présidentiel lui a reproché d’avoir pris des positions divergentes de celles du chef de l’État, sans concertation.
- Il était accusé de vouloir incarner une posture d’opposition, alors qu’il était censé être un allié fidèle du régime.
3. Perte de confiance politique
- En interne, le PPRD (parti présidentiel) et l’Alliance de la majorité présidentielle (AMP) ont estimé qu’il n’était plus loyal au chef de l’État.
- Il a été perçu comme un rival potentiel de Joseph Kabila en raison de sa popularité croissante.
4. Procédure de déchéance
- Une motion de défiance a été déposée par des députés de la majorité, dénonçant un prétendu "manque de respect envers les institutions et les autorités".
En résumé, la déchéance de Kamerhe en 2009 fut moins technique qu'éminemment politique. Elle marquait le début de sa rupture avec Joseph Kabila, et le tournant vers sa propre carrière politique indépendante, avec la création de l’UNC (Union pour la Nation Congolaise) l’année suivante.