RDC : le Kiyansi révèle l’incroyable créativité de ses locuteurs (étude scientifique de Bertin Kasiangula)

Une étude scientifique consacrée au Kiyansi, langue congolaise parlée notamment dans les provinces du Kwilu et du Kwango, met en lumière un mécanisme linguistique fascinant : la réduplication. Derrière ce terme technique se cache une pratique quotidienne qui permet aux locuteurs de créer de nouveaux mots, d’exprimer des émotions ou encore de nuancer le sens des phrases.

Hugues Mpaka

10 Mai 2026 - 18:39
10 Mai 2026 - 18:44
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RDC : le Kiyansi révèle l’incroyable créativité de ses locuteurs (étude scientifique de Bertin Kasiangula)

Publié dans la Revue Internationale de la Recherche Scientifique, le travail du chercheur Bertin Kasiangula Bulukani s’intéresse particulièrement au parler de Mikwi, classé dans le groupe bantu B85b. L’étude montre que le Kiyansi n’est pas une langue figée, mais un système vivant capable de s’adapter aux réalités modernes grâce à sa richesse lexicale.

Une langue qui crée ses propres mots

Selon l’assistant scientifique à l’Institut Supérieur de Pédagogie (ISP) de Kikwit, les Yansi utilisent plusieurs procédés pour enrichir leur vocabulaire. Parmi eux, la réduplication occupe une place centrale. Ce phénomène consiste à répéter totalement ou partiellement un mot, une syllabe ou un radical afin de produire un nouveau sens.

Dans certains cas, cette répétition sert à valoriser une personne ou un objet. Ainsi, le mot mur-mur désigne « un homme bon et généreux », tandis que ndzwo-ndzwo évoque « une maison très bien construite ». La répétition devient alors un moyen d’exprimer l’admiration ou l’appréciation.

Mais la réduplication peut également avoir une nuance péjorative. Des formes comme édya-édya traduisent « le fait de manger n’importe quoi », ou encore elyél-elyél, qui renvoie à « pleurer sans raison ».

Un patrimoine linguistique méconnu

L’étude rappelle également l’importance démographique et culturelle du peuple yansi en République démocratique du Congo. Les locuteurs sont répartis dans plusieurs territoires des provinces du Kwilu et du Kwango, notamment à Bagata, Bulungu, Idiofa, Masimanimba et Kenge.

Le Kiyansi possède plusieurs variantes dialectales et partage des liens avec d’autres langues bantu de la région. Les chercheurs cités dans l’étude soulignent que cette langue fait partie d’un vaste ensemble linguistique comprenant notamment le kimputu, le kilori, le kingoli ou encore le kisakata.

Une richesse linguistique à préserver

Au-delà de l’analyse scientifique, cette recherche met en évidence la nécessité de préserver les langues nationales congolaises. À travers leurs mécanismes internes, ces langues démontrent leur capacité à décrire le monde moderne, à produire de nouveaux concepts et à transmettre une identité culturelle forte.

L’ancien élève du Collège Kivuvu conclut que la réduplication joue un rôle essentiel dans la création lexicale en Kiyansi. Elle permet non seulement d’enrichir le vocabulaire, mais aussi d’exprimer des nuances appréciatives, intensives ou péjoratives avec une grande précision.

Hugues Mpaka Journaliste, rédacteur et reporter au sein de la rédaction de la UNE.CD ; Community Manager, passionné des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC) ; licencié en Sciences de l'Information, département de multimédia de l'Institut Facultaire des Sciences de l'Information et de la Communication (IFASIC), actuelle Université des Sciences de l’Information et de la Communication