[Tribune] « RDC : La République à la croisée de l’agression rwandaise et du désaveu de la Constitution. », Juven’s Luvengo

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30 Oct 2026 - 13:31
30 Oct 2026 - 13:31
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[Tribune] « RDC : La République à la croisée de l’agression rwandaise et du désaveu de la Constitution. », Juven’s Luvengo
Juven’s Luvengo, Cadre influent du MLC.

En toile de fond, la République est l’héritage historique, politique et juridique à tous les citoyens congolais, une œuvre des pères-fondateurs qui ont milité pour la souveraineté nationale et internationale face à la puissance coloniale belge, du sang versé des martyrs de l’indépendance et de l’implication de plusieurs piliers de la société civile, du monde culturel et des mouvements spirituels autochtones d’antan.

À cet effet, sa dimension territoriale de 2.345.410 km2, trouve son origine dans le tracé colonial du 1 juillet 1885, faisant suite aux accords de la Conférence de Berlin, tenue du 15 novembre 1884 au 26 février 1885, qui ont validé l’Association internationale du Congo de Léopold II, permettant ainsi la création de l’État indépendant du Congo. L’EIC, cette nouvelle entité politique moderne fut soumise au souverain Léopold II, sous forme de propriété privée du roi des Belges jusqu’à la proclamation de son indépendance et à son accession à la souveraineté tant nationale qu’internationale, le 30 juin 1960, en passant par sa cession au Congo-belge, en 1908.

Il convient alors de rappeler qu’au fil des ans, durant les périodes d’après-indépendance, son intégrité territoriale a été menacée plus d’une fois. Ici, nous évoquons précisément les atteintes enregistrées ces trois dernières décennies, qui ont été occasionnées de la part du voisin rwandais, sous le masque de successives rébellions congolisées, ces guerres d’agression dont les dénominations ont changé, nous citons, l’A.F.D.L, le R.C.D/ Goma, le C.N.D.P, le M23, l’A.F.C/ M23 à ce jour le F.R.N mais que ses visées de déstabilisation et ses velléités expansionnistes sont restées les mêmes. Il s’agit là, du grand défi sécuritaire et souverain, le plus urgent et critique pour l’État congolais dans sa partie orientale.

La Première guerre du Congo

Au sortir de la guerre froide, lors de l'effondrement du bloc soviétique et la chute du mur de Berlin dans la nuit du 9 novembre 1989, ces grands basculements avaient fait écho dans notre pays. Le Président Mobutu venait de subir un choc à l’international, en perdant les casquettes de rempart anti-communiste et de gendarme de l’Occident en Afrique, les postures qui furent les siens durant cette guerre idéologique entre les les États-Unis d’Amérique et l’U.R.S.S. Sans surprise, ses anciens alliés occidentaux notamment les États-Unis d’Amérique, la France et la Belgique le laisseront tomber, quelques années plus tard, facilitant sous l’ombre d’aucun doute la chute de son régime face à l'A.F.D.L de Laurent Désiré Kabila soutenue politiquement et militairement par le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi et l’Angola. Sous cette vague, les puissances occidentales, ses alliés d’hier, le lâchèrent progressivement et lui exigèrent des réformes d’ouverture à la démocratie. Il s’en suivra ce conflit armé mené par l’A.F.D.L contre son pouvoir du 24 octobre 1996 jusqu’à atteindre Kinshasa, le 17 mai 1997.

Pour rappel, à la chute du Président Mobutu Sese Seko, le 17 mai 1997, le territoire national fut bel et bien ciblé, transformé en butin de guerre, par la coalition régionale ougando-burundo-rwandaise, l’A.F.D.L, conduite par le même Laurent Désiré Kabila qui deviendra le troisième Président de la République. Ce complot régional jetera les bases d’une décennie de conflits armés majeurs, connu sous le nom de la Deuxième guerre du Congo, allant de 1998 à 2003. Par conséquent, la République a vu son territoire national, le long de ses années troubles, être morcelé, affaiblissant donc l'autorité de l’État au profit d'intérêts économiques et géopolitiques transfrontaliers, manœuvrés, par le régime sanguinaire de Paul Kagame et de ses proxys en interne.

De la migration de la IIème République à la IIIème République.

Pour mémoire, la Constitution en vigueur a consacré la IIIème République. Son texte constitutionnel a été initié à la suite du compromis politique de la transition de 2003, voté à 84,31% par les populations congolaises lors du référendum de décembre 2005, soit une victoire écrasante du oui sur le non, en approbation de la nouvelle Constitution. Tout ceci, à l’issue des négociations de l'accord global et inclusif signé après la Deuxième guerre du Congo qui avait fragmenté le pays. Conformément, au processus de Lusaka, Pretoria puis de Sun City ayant conduit à ladite transition allant de 2003 à 2006, dirigée par Joseph Kabila et quatre vice-présidents notamment Jean-Pierre Bemba Gombo, Azarias Ruberwa, Yerodia Abdoulaye Ndombasi et Arthur Zahidi Ngoma. 

Du premier cycle électoral au troisième cycle électoral de la IIIème République.

Arrivé en 2006, la transition touche à sa fin, le pays s’est engagé avec l’aide de la Communauté internationale, à renouer avec les élections libres et démocratiques. En date du 30 juillet 2006, le premier tour de l’élection présidentielle et des élections législatives nationales au suffrage universel direct sont organisées. Le second tour de la présidentielle, quant à lui, a eu lieu le 29 octobre de la même année, couplé aux élections provinciales signant le retour au pluralisme politique.

Récapitulons, le régime constitutionnel et démocratique sous lequel le pays a inscrit sa gouvernance, la IIIème République, cette dernière a été mise sur pied par la Constitution du 18 février 2006 telle que modifiée par la loi n•11/002 du 20 janvier 2011. Elle vise, entre autres, au vue des expériences malheureuses vécues telles que reprises dans son préambule, à garantir l'alternance démocratique et pacifique du pouvoir par la limitation du nombre et de la durée des mandats présidentiels, à l’instar de la passation pacifique du pouvoir de janvier 2019 entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, à consolider l'unité nationale et la cohésion nationale, à protéger les droits fondamentaux de tout citoyen congolais face aux dérives dictatoriales qui ont hanté l’histoire politique de ce pays. 

La République fera l’expérience de sa première transition pacifique depuis son indépendance en 1960, le 24 janvier 2019, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo brigue la magistrature suprême en remplacement de Joseph Kabila. Il est le deuxième Chef de l’État, de la IIIème République, c’est-à-dire sous l’actuelle Constitution.

Le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo ne donnera-t-il pas des béquilles aux opposants?

À l’approche de l’expiration de son second mandat présidentiel, le cinquième Président de la République s’est prononcé sur la Constitution, celle sur laquelle, il a prêté serment de l’observer et de la respecter, lors de son élection en 2019 et de sa réélection en 2023, en ses termes: « La Constitution oui, je ne l’aime pas. Et je ne l’ai jamais caché et je crois l’avoir déjà dit, que je n’aime pas cette Constitution mais qu’on ne lie pas le changement de Constitution avec une quelconque volonté de m’accrocher au pouvoir. » 

Il en ressort que la République connaît une période charnière, où se s’entremêlent d’une part de profonds enjeux de souveraineté territoriale face à l’agression rwandaise sous couvert du FRN, dirigé par l’ancien Chef de l’État Joseph Kabila et d’autre part de vives controverses juridiques autour de la Constitution, si l’on se fie à la déclaration du Chef de l’État Félix Tshisekedi.

Sa position remonte avant son accession au pouvoir, pour l'UDPS dont il appartenait, elle se chargerait de changer cette Constitution, une fois aux affaires pour doter le pays, d'un texte constitutionnel souverain. Cette position a invraisemblablement évolué en passant du rejet initial, lors du référendum de 2005 à sa défense acharnée face aux velléités de prolongation du pouvoir de Joseph Kabila.

Pour ne pas donner du crédit aux ennemis de la République, celles et ceux qui se sont rendus coupables de l’agression rwandaise, le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo devra politiquement prévenir sa propre légitimité à la tête du pays et celle des institutions au-delà de 2028. Si la stratégie tendant à dénoncer au sein de la communauté internationale ladite agression rwandaise, en interne, à déboulonner l’infiltration rwandaise de l’appareil sécuritaire de l’État congolais et par extension à écarter son prédécesseur Joseph Kabila, ceci fonctionne et ne tiendra que dans la durée, c’est-à-dire le long de ses deux mandats présidentiels, dépassé ces derniers, le pays se retrouverait à nouveau à la merci de tous les intérêts hystériques du marché mondial.

Les pistes de sortie de crise.

Fort conscient que la République se retrouve véritablement à la croisée des chemins, un choix cornélien, quitte à la préservation des frontières héritées de 1885 en même temps au respect du pacte républicain scellé lors de la promulgation de la loi fondamentale en 2006.

En ce moment crucial, les populations congolaises de tous bords sont appelées à la vigilance et à privilégier l’unité nationale. À l’appel du Président de la République Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo au dialogue national inclusif, les hostilités militaires devront cesser pour entrevoir la paix, la réunification effective du territoire national et la réfondation de l’État congolais.

Juven’s Luvengo, Cadre influent du MLC.

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