[Tribune] : « Marche de soutien au changement de la Constitution : le peuple a brillé par son absence | Ejiba, le flop », Andy Mavungu
Kinshasa, mégapole de près de 15 millions d’habitants, a vécu hier, vendredi 5 juin, une journée étrangement ordinaire. La Coalition citoyenne pour la nation (CCN) -structure montée par le pasteur de l’Église du Réveil du Congo (ERC), Evariste Ejiba Yamapia- avait promis une démonstration de force en faveur du changement de la Constitution. Mais la réalité du terrain a cruellement démenti ces ambitions.
À 11 heures, les abords du Palais du Peuple offraient une circulation d’une fluidité déconcertante. Aucun embouteillage, aucun engouement. Seuls quelques groupuscules épars animaient la scène : ici, des citoyens vêtus de bleu ; là, une trentaine de personnes derrière une banderole à l’effigie d’Ejiba ; plus loin, une fanfare peinant à attirer quelques badauds. Contre toute attente, cette maigre foule s’est dirigée non pas vers l’esplanade du Parlement, où un podium avait été dressé, mais vers le Stade des Martyrs.
Selon plusieurs témoignages, un colonel de la police aurait exigé la présentation du document officiel autorisant la manifestation devant le siège du Parlement. Pour les observateurs, le signal était clair : Ejiba et sa CCN venaient d’être lâchés par le pouvoir. Cette mobilisation « squelettique » -à peine quelques centaines de Kinois aux mines défaites- a clairement résonné comme une profonde déception, voire un camouflet, pour le sérail présidentiel.
Le boycott ne s’est pas limité au peuple. Les figures emblématiques des Églises de Réveil, telles que Pascal Mukuna, Godé Mpoyi,… ont brillé par leur absence. Plus grave encore, hormis Mgr Fumumapanda également député national, aucune des grandes autorités des Confessions religieuses membres de la plateforme n’a daigné se montrer.
Pourquoi un tel désert autour du pasteur Ejiba ? Frustrations internes liées au leadership ? Rivalités sur le partage des ressources ? Ou simple refus de s’exposer trop tôt dans un projet politique ultrasensible ? Le malaise est palpable, et il promet de s’approfondir.
Le plus dur reste à venir pour l’initiateur de ce fiasco. Selon des indiscrétions au sein de l’Union Sacrée de la Nation, Ejiba Yamapia avait reçu une mission stratégique : susciter et orienter un débat citoyen autour de la révision constitutionnelle. Ce test grandeur nature devait préparer l’opinion publique. Mais en signant ce revers historique, le pasteur risque de perdre définitivement la confiance de ses parrains. Des confidences de couloir évoquent déjà la possibilité que le pouvoir coupe les ponts – et les budgets.
Ce revers fragilise aussi son autorité à l’ERC, où ses rivaux guettent ses faux pas. Ejiba s’est brûlé les ailes, contraignant le régime à chercher d’autres porteurs pour son projet constitutionnel.
Andy Mavungu