[Tribune] : « Le 16 août : pour une renaissance culturelle et traditionnelle de la RDC », Charlie Mingiedi
Tribune pour la reconnaissance de nos us, coutumes, de notre authenticité et de la mémoire de nos Ancêtres
En ce 16 août, date commémorant la libération de Sa Grande Majesté Joseph Mukungubila Mutombo après sa détention aux geôles de GLM à Gombe, à Kinshasa, je voudrais poser une question à toute la Nation :
QUE RESTE-T-IL D’UN PEUPLE QUI NE CONNAÎT PLUS SES RACINES ?
Cette question nous ramène au 16 août 1906, date à laquelle fut pris, sous l’État indépendant du Congo, un arrêté relatif à l’organisation des chefferies indigènes. Le texte, signé à Boma au nom du Gouverneur général Théophile Wahis par le Vice-gouverneur général Albert Lantonnois van Rode, participait à l’encadrement administratif des structures coutumières.
Nos peuples et leurs traditions existaient pourtant bien avant la colonisation.
L’histoire coloniale a profondément bouleversé nos structures traditionnelles, nos mécanismes de transmission et notre rapport à notre identité. Des langues furent marginalisées, des savoirs dévalorisés et certaines pratiques considérées comme archaïques.
Le cordon avec nos Ancêtres s’est progressivement fragilisé.
Ce cordon, ce sont nos langues, nos noms, nos récits, nos traditions, nos musiques, notre gastronomie, nos savoirs et notre mémoire.
C’est pourquoi la RDC doit aujourd’hui renouer avec l’authenticité : non pas comme un retour aveugle au passé, mais comme la volonté de retrouver ce qui nous appartient, de réhabiliter nos valeurs et de construire notre modernité à partir de notre propre identité.
Le recours à l’authenticité doit être compris comme un acte de réappropriation culturelle : connaître nos origines, respecter nos coutumes, valoriser nos langues, transmettre nos savoirs et faire de notre héritage une force pour l’avenir.
Depuis des années, je milite pour qu’on puisse officialiser nos quatre langues nationales : kikongo, lingala, swahili et tshiluba.
J’ai donc été profondément interpellé par la déclaration rapportée d’une autorité gouvernementale évoquant la possibilité que l’anglais devienne une langue officielle dans une prochaine Constitution.
Je n’ai rien contre l’apprentissage de l’anglais ou des autres langues étrangères. Nous devons nous ouvrir au monde. Mais nous ne devons pas nous ouvrir au monde en nous fermant à nous-mêmes.
Comme l’a dit Jocelyne Béroard :
« Quand on perd une langue, on perd une culture ! Exister à travers la culture de l’autre, ce n’est pas exister, c’est être colonisé ! »
Une langue porte une mémoire, une pensée et une culture.
Apprendre les langues du monde doit nous enrichir, jamais nous déraciner.
Reconnaître nos traditions ne signifie pas retourner au passé.
Nous voulons la modernité, la science, la technologie, l’intelligence artificielle, des universités performantes, des hôpitaux modernes et une économie forte.
Mais la modernité ne doit jamais signifier l’amnésie culturelle.
La Chine, le Japon, l’Inde et plusieurs pays africains démontrent qu’un peuple peut être moderne tout en restant profondément attaché à son patrimoine.
La RDC possède une richesse culturelle exceptionnelle qui mérite elle aussi une véritable reconnaissance nationale.
Je propose donc que le 16 août devienne :
JOURNÉE NATIONALE CULTURELLE ET TRADITIONNELLE — MÉMOIRE DES ANCÊTRES
Une journée chômée et payée, consacrée à la transmission, à la célébration et à la valorisation de notre patrimoine.
Tenues traditionnelles, langues nationales, histoire, arts, danses, artisanat, savoirs ancestraux et surtout gastronomie congolaise pourraient être mis à l’honneur dans toutes les provinces.
Chaque peuple présenterait son patrimoine à l’autre :
Le Kongo au Luba.
Le Mongo au Tetela.
Le Nande au Yaka.
Le Lunda au Chokwe.
Et tant d’autres communautés.
Non pas pour nous diviser, mais pour faire de notre diversité une force.
Je soumets cette proposition aux autorités de la République, au Parlement, aux chefs coutumiers, aux historiens, aux universitaires, aux artistes et à l’ensemble du peuple congolais.
Je ne prétends pas détenir seul la vérité.
Mais je suis convaincu d’une chose :
Une grande Nation ne se construit pas uniquement avec des routes, des bâtiments et des chiffres.
ELLE SE CONSTRUIT AUSSI AVEC UNE MÉMOIRE, UNE IDENTITÉ ET UNE AUTHENTICITÉ ASSUMÉE.
Le Congo doit avancer, mais debout, conscient de lui-même et fier de ses racines.
Le 16 août pourrait devenir le jour où chaque Congolais se reconnecte à ses racines :
par sa langue,
par sa culture,
par sa cuisine,
par son histoire,
par ses coutumes.
16 AOÛT : MÉMOIRE, CULTURE, AUTHENTICITÉ ET RENAISSANCE.
NOS TRADITIONS, NOTRE IDENTITÉ, NOTRE FORCE.
UNITÉ DANS LA DIVERSITÉ, FIERTÉ DANS L’HÉRITAGE.
Par Mingiedi Mbala N’Zeteke Charlie Jephthé
Activiste, Penseur et Notable de Madimba