Kennedy Kaninda « Quand Kabila garde le silence, certains finissent par voir en lui un homme d'une grande sagesse. Mais dès qu'il prend la parole, cette image semble parfois s'effriter »
Réagissant au discours de Joseph Kabila du vendredi 9 octobre, Kennedy Kaninda s’interroge sur la portée de ses déclarations et l’absence d’alternatives concrètes face à la guerre dans l’Est du pays. Il questionne également le moment choisi par l’ancien président pour s’exprimer, alors que les FARDC et les Wazalendo font état de reconquêtes de positions au Nord-Kivu.
Quand Joseph Kabila garde le silence, certains finissent par voir en lui un homme d'une grande sagesse, mystérieux et potentiellement dangereux sur le plan politique. Mais dès qu'il prend la parole, cette image semble parfois s'effriter.
J'en viens à me demander si ce silence prolongé ne relève pas d'une stratégie de communication soigneusement orchestrée, avec des consignes du genre : « Garde le silence pendant six mois. Savez-vous que les kinois vous appellent Shina Rambo!»
Car, à mes yeux, le véritable test d'un homme politique ne réside pas dans sa capacité à se taire, mais dans la pertinence de ses arguments lorsqu'il décide de parler.
Dans son discours tenu ce vendredi 09 Octobre, il déclare ceci :
« Le pouvoir en place a fait le choix de poursuivre avec une guerre qu'il n'a ni la capacité ni la volonté de gagner. »
Une déclaration qui soulève une question fondamentale : que propose-t-il concrètement comme alternative ?
Voulait-il que Félix Tshisekedi abandonne le pays face à une agression extérieure ? Fallait-il renoncer à défendre l'intégrité territoriale de la République démocratique du Congo face à ceux qui sont jugés comme étant ses partenaires ?
Autre interrogation, et non des moindres : pourquoi cette prise de parole intervient-elle précisément à ce moment ?
Alors que des informations font état de combats et de reconquêtes de positions par les FARDC et les Wazalendo dans certaines zones du Nord-Kivu, le calendrier de cette sortie médiatique mérite d'être interrogé.
S'agit-il d'une simple coïncidence, d'une volonté de peser sur le débat national ou d'une stratégie politique visant à reprendre l'initiative dans un contexte particulièrement sensible ?
Kennedy KANINDA, analyste politique