Volker Türk : « Les conditions de détention se détériorent dans toute la RDC »
Dans un autre angle de son discours, mardi 8 octobre dernier, à Genève, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'Homme, Volker Türk, s'est exprimé sur les conditions carcérales du pays.
« Les conditions de détention se détériorent dans toute la RDC » a-t-il dit à l'entame de son grand oral, tout en faisant savoir que dans les centres de détention gérés par les services de renseignements, en particulier, un certain nombre de détenus sont soumis à la torture et à d'autres mauvais traitements, y compris des violences sexuelles, et sont détenus dans des conditions
désastreuses sans accès à leurs familles et à leurs avocats.
Surpopulation, manque d’hygiène, absence de soins de santé, manque de nourriture. C'est de cette situation des détenus que Avocats Sans Frontières (ASF) et RCN Justice & Démocratie (RCN J&D) alertaient depuis 2015 lors d'une conjointe table-ronde sur le « Droit à la justice : la détention en RD Congo ».
En République démocratique du Congo, la surpopulation carcérale avoisine régulièrement les 400%. Qu’ils soient en détention préventive ou condamnés, les détenus sont souvent victimes de violations de leurs droits les plus élémentaires : ils n’ont pas accès à la nourriture ni aux soins de santé, et vivent dans un environnement sanitaire précaire. Beaucoup sont, par ailleurs, détenus de manière irrégulière et n’ont pas accès à l’appui judiciaire qui leur permettrait de faire valoir leurs droits.
Cette surpopulation, notamment à la prison centrale de Makala, vu comme figure de proue, fait de ce lieu un mouroir pour les détenus, selon la Fondation Clinton, autrice d’un rapport publié en décembre 2023. L’ONG américaine s’est indignée du « non-respect de la prononciation des arrêts dans les cours et tribunaux dans le délai prévu par la loi » et des « violations massives des droits humains » commises à l’encontre des détenus, en majorité non condamnés et donc en détention préventive.
« Nous n’avons pas attendu leur publication (ndlr vidéo sur les conditions de détention rendue publique par Stanis Bujakera après son incarcération) pour amorcer le processus de désengorgement en cours des prisons et d’amélioration des conditions de détention. Nous sommes un Etat souverain », écrivait le ministre de la justice, Constant Mutamba, sur le réseau social X, avant d’estimer que les vidéos sont de « très vieilles images » et d’assurer que « les prisonniers congolais mangent deux à trois fois par jour ».
Bien que l’État congolais ait démontré une volonté d’améliorer la situation, plus d'une personne évoque les délais d’application des mesures et le manque de moyens.
Par ailleurs, le Haut-Commissaire a pris note des efforts récents visant à réduire la surpopulation carcérale et a exhorté les autorités à garantir des enquêtes complètes et transparentes sur les meurtres et les viols de détenus survenus le 2 septembre à la prison centrale de Makala, à Kinshasa. Il dit rester préoccupé par la levée, en mars, du moratoire de fait sur la peine de mort.
« Il s'agit d'un grand pas en arrière, qui va à contre-courant de la tendance à l'abolition observée en Afrique et dans le monde entier » a-t-il dit en substance.