[Tribune] :« le temps n'innocente pas une mauvaise politique », Youreck Masiala
« Les années ne transforment pas l'échec en réussite. Elles en dressent simplement le bilan. » En République démocratique du Congo, le débat politique est trop souvent réduit à la durée d'un régime plutôt qu'à son bilan. Pourtant, une évidence s'impose : une mauvaise politique ne devient jamais une bonne politique, peu importe le nombre d'années qu'elle a duré. Le temps n'a pas le pouvoir de réécrire les faits. Il révèle les résultats.
À chaque nouvelle crise, les mêmes discours ressurgissent : il faudrait encore patienter, laisser le temps produire ses effets, accorder un nouveau délai. Mais le temps n'est pas un programme de gouvernement. Il ne construit ni les routes, ni les écoles, ni les hôpitaux. Il ne rétablit pas la sécurité et ne restaure pas, à lui seul, la confiance des citoyens envers leurs institutions.
Les réalités congolaises rappellent chaque jour ces vérités :
Depuis des années, les populations de l'Est vivent au rythme de l'insécurité, des déplacements forcés et des violences qui continuent de meurtrir des milliers de familles ; que dans plusieurs localités, l'accès à l'eau potable et à l'électricité demeure insuffisant ou irrégulier ; des agents publics dénoncent des retards de paiement ou des difficultés liées à leur rémunération, tandis que le coût élevé de la vie fragilise de nombreux ménages ; à travers le pays, la faim et la précarité demeurent des préoccupations quotidiennes pour de nombreuses familles.
Face à ces défis, le temps ne constitue pas une réponse. Les citoyens attendent des politiques publiques capables d'apporter des solutions concrètes.
Montesquieu nous enseigne que la légitimité d'un pouvoir ne repose pas sur sa longévité, mais sur le respect des lois, l'équilibre des institutions et la poursuite de l'intérêt général. Un pouvoir ne se justifie pas par les années qu'il passe aux affaires, mais par les résultats qu'il obtient et les principes qu'il respecte.
Dans le contexte actuel de la RDC, les attentes de la population demeurent immenses. Les Congolais aspirent à vivre dans un pays où la paix n'est pas une promesse, mais une réalité ; où l'eau et l'électricité ne sont pas des privilèges, mais des services publics accessibles ; où les fonctionnaires perçoivent régulièrement le fruit de leur travail ; où les jeunes trouvent des perspectives d'avenir et où chaque famille peut vivre dignement de son effort.
Le débat public gagnerait à quitter le terrain des slogans pour celui des résultats. Les citoyens ne devraient pas être invités à juger un pouvoir à la seule lumière de sa durée, mais à l'aune de sa capacité à améliorer concrètement leurs conditions de vie, à garantir la sécurité des personnes et des biens, à renforcer l'État de droit et à promouvoir une gouvernance responsable.
En démocratie, la fidélité aux institutions ne signifie pas l'abandon de l'esprit critique.
Bien au contraire, l'exigence de rendre compte est une force des régimes démocratiques.
Gouverner, c'est accepter que son action soit évaluée, discutée et, si nécessaire, corrigée.
L'histoire politique de notre pays rappelle une leçon essentielle : les peuples finissent toujours par distinguer les promesses des réalisations. Les discours passent, les bilans demeurent.
Les peuples ne demandent pas au temps de gouverner. Ils demandent aux gouvernants de produire des résultats. Car le temps n'innocente pas une mauvaise politique : il en révèle les conséquences. Et lorsqu'un peuple attend encore les fruits des promesses, ce n'est pas le calendrier qu'il faut interroger, mais les politiques publiques qu'il faut évaluer.
L'histoire ne récompense pas les pouvoirs qui ont duré. Elle honore ceux qui ont servi leur peuple avec justice, responsabilité et efficacité.
YOURECK MASIALA KUMBI, Juriste de formation, spécialiste en droit public interne; Collaborateur de l'ASBL Nouvelle Vision de la Grande Léopoldville ( NVGL ) et Partenaire de la Fondation Pierre Mulele