[Tribune] : « la toge des professeurs désacralisée à l'université de Kabinda (UNIKAB), la noblesse du doctorat PhD en péril dans la Province de LOMAMI »
L'anarchie vestimentaire aux yeux de tous lors de la collation des grades.
Le 30 juillet 2026, l’Université de Kabinda (UNIKAB) a été le théâtre d’un spectacle qui ébranle les fondements mêmes de l’éthique et de l'orthodoxie universitaires en République Démocratique du Congo.
Lors de la cérémonie officielle de collation des grades académiques, devant les autorités politico-administratives de la province de Lomami, une usurpation flagrante des titres et des insignes du pouvoir scientifique a eu lieu.
Des membres du corps scientifique, n'ayant aucunement la qualité de professeur, se sont affichés avec arrogance en toges doctorales et professorales, s'exposant fièrement sur les réseaux sociaux.
Le cas le plus symptomatique de cette dérive est celui du Chef de Travaux (CT) Jean-Marie KAPAMBA KAPAMBA, de la filière des Sciences Politiques et Administratives (SPA). Alors qu'il ne détient aucun diplôme d’études supérieures ou diplôme d’études approfondies (DES/DEA), étapes pourtant préliminaires au doctorat, ce dernier s'est pavané revêtu de la toge de Professeur Ordinaire. À ses côtés, une cohorte de ses collègues Chefs de Travaux et Assistants, n’appartenant qu’au corps scientifique et n'étant même pas membres du comité de gestion, arboraient tous la prestigieuse toge tricolore (bleue, rouge et jaune), apparat pourtant sacré et exclusivement réservé aux éminents professeurs.
Cette mascarade institutionnelle s'est déroulée sous la gestion intérimaire du Professeur Richard MUIMBI, Secrétaire Général Académique (ayant le grade de Professeur Full), qui assume l'intérim du Recteur récemment décédé.
Au lieu de faire respecter l’ordre, la direction de l'université semble avoir érigé cette tricherie en une norme pratique et institutionnelle au sein de l’UNIKAB.
L’exemple de conformité de l’ISTM-KABINDA.
Pourtant, la règle est claire et parfaitement applicable. À quelques encablures de là, au sein du même chef-lieu, l’Institut Supérieur des Techniques Médicales (ISTM-KABINDA) a fait preuve d'une rigueur exemplaire. Les membres de son comité de gestion ayant le grade de Chefs de Travaux ont scrupuleusement respecté la législation en vigueur. Lors des mêmes cérémonies, ils ont revêtu la toge rose, se conformant ainsi strictement aux normes codifiées de l'Enseignement Supérieur et Universitaire (ESU).
Le cadre légal du port des costumes universitaires en RDC.
Le port des attributs académiques en République Démocratique du Congo n'est pas un choix esthétique ou honorifique discrétionnaire, mais une pratique juridiquement encadrée.
1. La distinction des corps : La [Loi n° 18/038 du 29 décembre 2018, portant statut du personnel de l'enseignement superieur, universitaire et de la recherche scientifique, portant statut du personnel de l'Enseignement Supérieur, Universitaire et de la Recherche Scientifique sépare distinctement le corps académique (Professeurs Associés, Professeurs, Professeurs Ordinaires) du corps scientifique (Assistants et Chefs de Travaux).
Le port de la toge tricolore est un droit exclusif lié au grade du corps académique.
2. La réglementation spécifique du costume : L'Arrêté Ministériel n°180/MINESU/CAB.MIN/TMF/RK3/CPM/2016 réglemente strictement le port de la toge dans les établissements de l'ESU en RDC.
Ce texte définit la couleur, les bandes et les accessoires correspondant à chaque grade. Usurper ces insignes constitue une violation directe des directives du ministère de tutelle.
3. L'infraction d'usurpation de fonctions et de titres : Sur le plan pénal, le fait pour un agent de porter publiquement un costume ou un insigne ne lui appartenant pas constitue une infraction d'usurpation de titres, sévèrement réprimée par le Code pénal congolais.
Les conditions strictes pour accéder au port de la toge professorale.
Pour arborer légitimement la toge tricolore, le parcours est rigoureux et ne souffre d’aucun passe-droit. Il exige de franchir les étapes académiques et administratives suivantes, dictées par la Loi-Cadre n° 14/004 du 11 février 2014 de l'Enseignement National et les réformes du système LMD :
* Obtention du Master de recherche / DES / DEA : Transition obligatoire pour le corps scientifique avant d'entamer les recherches doctorales.
* Soutenance publique d'une thèse de Doctorat (PhD) : Travail de recherche original et substantiel validé par un jury de pairs.
* Nomination officielle au grade de Professeur Associé : Après décision du Conseil d'Administration des Universités (CAU) et signature de l'arrêté de promotion par le Ministre de tutelle.
* La cérémonie de baptême académique (Port de la toge) : Le droit de revêtir la toge tricolore ne s'acquiert qu'après la notification officielle du décret ou de l'arrêté de nomination, célébré lors d'une cérémonie solennelle d'accueil par ses pairs.
Cri d'alarme au Ministère de l'ESU et au Conseil d'Administration
Face à la dérive constatée régulièrement à l’UNIKAB, la communauté académique et scientifique congolaise ne peut rester muette.
Nous interpellons directement Son Excellence la Ministre de l'Enseignement Supérieur et Universitaire (ESU) ainsi que le Conseil d'Administration des Universités (CAU).
Si des sanctions disciplinaires exemplaires ne sont pas prises immédiatement contre le CT Jean-Marie KAPAMBA KAPAMBA, ses complices ainsi que les autorités intérimaires de l'UNIKAB qui ont toléré cette imposture, cette situation va s'officialiser par jurisprudence de fait dans toutes les provinces de la RDC.
L’anarchie prendra définitivement la place de la règle. Quelle crédibilité restera-t-il à nos institutions supérieures si les grades ne s'acquièrent plus par l'effort intellectuel et la soutenance de thèses PhD, mais par la complaisance vestimentaire ?
Il y va de l'avenir et de la dignité de la science en République Démocratique du Congo.