[Tribune] : « Quid des compteurs prépayés au Kwilu : une guerre au palais » , (Moïse Ezekele)

Moise ezekele

13 Juin 2025 - 09:51
13 Juin 2025 - 09:52
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[Tribune] : « Quid des compteurs prépayés au Kwilu : une guerre au palais » , (Moïse Ezekele)
  • Introduction

    Le Président de la République démocratique du congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a déclaré lors d’un forum sur les infrastructures tenu en mars 2021 : 
    « Nous devons moderniser notre secteur de l’énergie pour en finir avec les zones grises et donner à notre peuple un service digne. »

    D’entrée de jeu, il sied de rappeler que l’introduction des compteurs prépayés constitue un véritable test de maturité démocratique :
    « Laisserons-nous la technocratie de l’ombre dicter la loi, ou imposerons-nous la clarté républicaine ? »
    À travers cette tribune, nous allons analyser et dénoncer les attitudes de certains agents de la Société Nationale d'Électricité (SNEL) dans la province du Kwilu en général, et dans la ville de Bandundu en particulier, à l’égard du projet des compteurs prépayés.

    La réforme amorcée par la SNEL pour introduire les compteurs prépayés au Kwilu est loin d’être un simple ajustement technique. Elle s’apparente à une véritable bataille de palais, opposant transparence et opacité, automatisation et manipulation, gouvernance et prédation.

    Cette transition, saluée par une frange de la population autrefois victime du phénomène de « surfacturation», est aujourd’hui torpillée de l’intérieur par certains agents véreux, soucieux de préserver leurs zones d’ombre où prospèrent les pratiques frauduleuses.

  • I. La préfacturation : un modèle archaïque et corrompu

    Depuis des décennies, la facturation post-consommation repose sur un système approximatif, souvent arbitraire, qui ouvre la voie à la surfacturation, aux arrangements informels et à l’extorsion pure et simple. De nombreux ménages du Kwilu reçoivent des factures sans aucun lien avec leur consommation réelle, parfois même en l’absence totale de courant pendant plusieurs semaines.

    Le système actuel, fondé sur une facturation estimative ou différée, repose généralement sur des relevés mensuels manuels, sujets à erreurs, falsifications, voire à des inventions pures et simples. En l’absence d’un relevé rigoureux à l’aide d’un compteur électromécanique ou numérique, la marge de tricherie est maximale.

    La Loi n°14/011 du 17 juin 2014, en son article 2, consacre le principe d’égal accès au service public de l’électricité et exige la transparence dans la tarification, la facturation et la perception des paiements. Or, ce principe est aujourd’hui violé de manière structurelle.

    Des agents indélicats abusent de marges discrétionnaires dans l’estimation des kilowattheures (kWh), exploitant un système déficient pour se constituer des rentes illicites. L’article 4 de cette même loi stipule que l’accès à l’électricité est un droit fondamental et que ce service public doit être assuré dans la transparence, l’équité et la continuité. Ce principe est continuellement bafoué.

    Au Kwilu, bon nombre de factures sont de véritables œuvres de fiction, alimentées par des pratiques dignes d’un cartel énergétique infiltré au cœur de l’administration.

  • II. Le compteur prépayé : un outil de transparence, d’équité et de bonne gouvernance

    L’introduction du compteur prépayé marque une avancée majeure dans la modernisation du secteur de l’électricité. Elle permet une facturation automatisée, équitable et contrôlable. Chaque utilisateur devient acteur de sa propre consommation, en achetant à l’avance l’énergie dont il a besoin, comme il le fait pour le crédit téléphonique. Ce système :

    1. Élimine les factures fantaisistes ;
    2. Neutralise les agents corrompus ;
    3. Renforce la responsabilisation des consommateurs ;
    4. Réduit les pertes commerciales pour l’État.

    L’Autorité de Régulation du secteur de l’Électricité (ARE), créée par l’article 21 de la loi précitée, a pour mission de veiller à la qualité du service et à la protection des usagers. Le compteur prépayé s’inscrit pleinement dans cette dynamique de régulation moderne.

  • III. Une résistance suspecte, révélatrice de réseaux mafieux internes

    La fronde actuelle contre le compteur prépayé ne relève ni d’un désaccord technique, ni d’un problème logistique. Il s’agit plutôt d’un sabotage stratégique, orchestré par une frange d’agents redoutant la disparition de leur principale source de revenus parallèles. Pour eux, le compteur intelligent est un fossoyeur de la combine, un traître électronique au service du peuple.

    Ils invoquent de faux prétextes : impréparation du réseau, illisibilité du système, coût d’installation prétendument élevé, faible pouvoir d’achat de la population… Des discours de façade, destinés à freiner un processus inéluctable. Mais la vérité est ailleurs : « la peur panique de voir les vannes de la fraude se refermer.»

  • IV. Manipulation de la Jeunesse Kwiloise pour des fins égoïstes et machiavéliques des agents de la SNEL haineux

    Il s'observe depuis le mois d'Avril dernier, de l'année encours, un groupe des jeunes qui s'autoproclame : « Jeunes leaders ou leaders d'opinions», sensibilisant la population au sabotage total des compteurs prépayés. Ces jeunes parfois, enquête des billets de banque sont instrumentalisés par certains agents de la SNEL Bandundu-Ville qui voit disparaître leurs sources de revenus illicites et pour certains enquête de positionnement ou de promotion. D'où, a travers cette tribune, nous appellons ces jeunes a s'enquérir et s'approprier du projet au bénéfice de la population. Le chômage a elit domicile à Bandundu, sur cette occasion plusieurs pourront trouver de l'emploi. 

  • V. Appel à la vigilance citoyenne et à la volonté politique

    Il est temps d’exiger des audits indépendants, des enquêtes parlementaires, voire la judiciarisation des cas de résistance frauduleuse. La population doit être informée, sensibilisée et juridiquement outillée.

    Les leaders communautaires, les élus nationaux et provinciaux, les associations citoyennes doivent s’approprier ce débat. Il faut exiger l’accélération de la migration vers les compteurs prépayés, car elle constitue une forme de justice énergétique.

    Le gouvernement, à travers le Ministère des Ressources Hydrauliques et de l’Électricité, doit faire preuve de fermeté politique et opposer à cette mafia électrique des sanctions exemplaires, comme le prévoit l’article 30 de la Loi sur l’électricité, qui réprime toute obstruction aux réformes d’intérêt public.

  • Conclusion

    Le sabotage interne est l’œuvre d’une mafia bureaucratique en résistance. Certains agents complices de détournements vont jusqu’à développer des systèmes parallèles de facturation artisanale (carnets falsifiés, factures "maison", extorsions à domicile), protégés par des complicités hiérarchiques.

    L’article 6 de la Loi n° 05/006 du 29 mars 2005 sur la lutte contre la corruption stipule que toute personne détournant des biens, fonds ou services publics à des fins personnelles est passible de poursuites. La falsification de factures ou le blocage des réformes technologiques relève clairement de cette infraction.

    « L’ennemi du progrès n’est pas le peuple, mais celui qui, de l’intérieur du système, veut perpétuer le désordre comme source de rente. »

    Le combat autour du compteur prépayé n’est pas technologique. C’est un combat moral et institutionnel. C’est la confrontation entre la lumière et l’ombre, entre la République et ses fossoyeurs internes.

    NB : Nous reviendrons prochainement avec autre tribune qui va s'intituler : « l'impact des compteurs prépayés à la vie sociale de la population Kwiloise.» 

    Moïse Ezekele,
    Assistant à l’Université de Kinshasa,
    Faculté des Sciences Sociales, Administratives et Politiques,
    Analyste politique et Chercheur.