[Tribune] : « L'Ituri, l’angle mort d’une guerre que tout le monde feint d'ignorer », Jean-Claude Mutombo
Pendant que l'attention médiatique reste fixée sur l'Est de la République démocratique du Congo, une réalité plus sombre continue de se dérouler dans l'ombre. Sous la présidence de Félix Tshisekedi, la narration officielle s'est structurée autour d'un ennemi principal : le M23, associé à la menace du Rwanda.
Mais pendant que les projecteurs sont braqués sur cette crise, une autre tragédie s'enracine silencieusement dans la province d'lturi. Ce silence n'est pas seulement médiatique. ll est politique. Et peut-être, pire encore, une compromission internationale.
Car pendant que l'attention mondiale se concentre sur le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, la présence militaire de l'Ouganda en lturi progresse presque sans contestation.
Oficiellement, cette présence vise à combattre les ADF, responsables d'atrocités répétées contre les civils. Dans les faits, les massacres continuent. Et l'efficacité réelle de cette intervention reste, au mieux, douteuse, sinon complice du pire afin de justifier la présence ougandaise : en d'autres mots, l'armée ougandaise joue bien en lturi le rôle de pompier-pyromane.
Plus troublant encore : Kinshasa semble avoir accepté, voire facilité, cette implantation militaire étrangère. L'état de siège instauré en 2021, censé restaurer l'autorité de l'État, a surtout ouvert la voie à une dépendance sécuritaire inquiétante. Pendant ce temps, le pouvoir congolais mobilise d'importants réseaux d'influence internationaux pour modeler le récit global du conflit, réduisant I'lturi à une note de bas de page dans la tragédie congolaise.
Cette stratégie bénéficie ď'un environnement international étonnamment complaisant. Ni l'Organisation des Nations unies, ni l'Union européenne ne semblent exercer de pression proportionnelle à la gravité des faits. L'Ouganda, allé stratégique de longue date pour plusieurs puissances occidentales, évolue dans une zone grise diplomatique où les critiques restent feutrées.
Pendant ce temps, la guerre continue de déchirer des populations oubliées. Les ADF poursuivent leur expansion. Les justifications sécuritaires se multiplient. Et les parallèles sont troublants : comme Kigali invoque la menace des FDLR pour justifier ses incursions, Kampala invoque celle des ADF. Dans le cas de Kigali on parle de pillage des ressources minières et dans le cas de Kampala "Motus et bouche cousue".
Et pourtant l'Ouganda a fait main basse sur |'or et les bois précieux de cette région congolaise, ce qui a démultiplié ses exportations en or. Face à cette évidence, la souveraineté congolaise tant clamée de l"'intérieur comme de l'extérieur est plutôt à géométrie variable, selon que le pouvoir fait face à Kigali ou à Kampala. C'est de facto un angélisme exterminateur.
Le véritable scandale n'est peut-être pas seulement militaire. I est moral et politique. I| réside dans cette hiérarchie implicite des tragédies et des discours. Il y a une volonté politique manifeste du pouvoir congolais de laisser l'Itur hors champ médiatique, et consacrer l'occupation ougandaise. Ce qui est inadmissible.
L’Ituri est devenue cet angle mort. Un territoire où la violence s'installe durablement, pendant que l'État centra semble prioriser la gestion de son image internationale. Un territoire où la communauté internationale choisit la stabilité diplomatique plutôt que la vérité politique.
Briser ce silence n'est plus une option. C'est une nécessité. Car derrière le narratif officiel du gouvernement, ses dissimulations volontaires de ce conflit et de la présence militaire ougandaise ; ce sont des populations entières qui continuent de payer le prix de Il'indittérence liée aux calculs politiques assumés
L'oubli de |'Ituri n'est pas une erreur. C'est un choix. Et comme tout choix politique, il engage la responsabilité de Félix Tshisekedi du fait d'avoir trahi la Nation congolaise.
Jean-Claude Mutombo