RDC : l’évêque de Mbuji-Mayi dénonce l’absence de condamnation officielle des tueries rwandaises par la CENCO
Lors d’une réunion à huis clos des évêques catholiques à Kinshasa, Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda, évêque de Mbuji-Mayi, a vivement interpellé ses pairs sur plusieurs questions internes et nationales, dénonçant notamment l’absence de condamnation officielle des « tueries rwandaises » et des massacres perpétrés par l’armée rwandaise et les rebelles du M23.
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Une parole jugée sélective et politisée
Dans son intervention, Mgr Kasanda a critiqué la « pertinence » et la « régularité » des déclarations publiques de l’institution, qu’il juge parfois « sélectives, intempestives et tendancieuses ».
Le numéro un du diocèse de Mbuji-Mayi a rappelé que la mission de l’Église est avant tout religieuse et non politique, appelant à éviter toute confusion entre la Conférence épiscopale nationale du Congo et un groupe de lobbying ou un parti politique.
Le prélat s’est notamment étonné de ce qu’il considère comme un silence institutionnel face aux violences perpétrées dans l’Est du pays, aussi bien par le groupe rebelle M23 que par l’armée rwandaise, alors que l’Église n’hésite pas, selon lui, à se prononcer sur d’autres dossiers nationaux.
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Mise en garde contre les divisions
L’évêque de Mbuji-Mayi a également dénoncé des messages émanant du Bureau de la CENCO qu’il juge susceptibles d’alimenter des tensions identitaires. Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda a particulièrement critiqué une communication évoquant une « stigmatisation des Congolais swahiliphones », estimant qu’un tel discours pourrait être perçu comme encourageant la division, voire « faire le lit d’une insurrection populaire ».
Dans le même esprit, le prélat a appelé à une introspection sur la question du tribalisme au sein même des structures ecclésiales nationales, invitant ses pairs à examiner la composition du personnel de certaines institutions liées à la CENCO.
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Soupçons sur les élections internes
Autre point sensible soulevé : l’élection récente du président et du vice-président de la Conférence épiscopale. Fort de près de 28 ans d’épiscopat, Mgr Kasanda s’est dit surpris par l’ampleur des résultats enregistrés dès le premier tour pour la présidence, évoquant une situation « passée comme une lettre à la poste ».
Sans formuler d’accusation directe, il a estimé que ces résultats pouvaient susciter des interrogations quant à la transparence du processus. Mgr Kasanda a ainsi appelé à servir « Dieu dans la vérité et la transparence », y compris dans la gestion des scrutins internes, afin de préserver la crédibilité morale de l’institution.
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Crédibilité et fidélité des fidèles
Selon l’évêque, certaines prises de position publiques ont des conséquences perceptibles au sein du peuple de Dieu. Si les fidèles les plus engagés restent attachés à leur foi, d’autres, plus fragiles, « claquent la porte de l’Église » ou disent avoir perdu la fierté d’y appartenir.
Pour remédier à cette situation, Mgr Kasanda a formulé plusieurs recommandations, notamment le renforcement de la collégialité avant toute déclaration majeure, la clarification des critères d’intervention publique, l’unification de la communication et la promotion de la transparence dans la gestion des structures nationales.