[Tribune] : « Violence Médicale : Examen des Causes et des Conséquences dans un Système en Détresse » (Par Heiddie Divioka Djingerberg, chercheur en droit procédural pénal).

Une.cd

29 Mars 2026 - 21:47
29 Mars 2026 - 21:48
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[Tribune] : « Violence Médicale : Examen des Causes et des Conséquences dans un Système en Détresse » (Par Heiddie Divioka Djingerberg, chercheur en droit procédural pénal).

Récemment, une vidéo virale montrant un médecin traumatisant sa patiente a provoqué une onde de choc. À première vue, l'indignation face à un tel comportement était légitime. Toutefois, après mûre réflexion, nous ne souhaitons ni excuser ni condamner ce médecin, mais plutôt explorer les implications plus larges de cette situation.

Il est indéniable que les conditions de travail des médecins, en particulier dans les établissements de santé publics, nécessitent une attention soutenue. Depuis l'instauration de la gratuité de la maternité, la qualité des services a connu une détérioration alarmante. Nous nous interrogeons sur la logique d'une telle politique dans un pays où l'État peine à fournir le soutien nécessaire aux personnels, qu'ils soient administratifs ou soignants. Cette décision suscite des questions importantes sur les priorités de notre système de santé. Comment peut-on revendiquer l'accès gratuit à des soins essentiels tout en négligeant les conditions de travail des professionnels et la qualité des infrastructures ?

Le Dr Valence Mfumu a raison de dire que "c'est peut-être l'occasion de repenser cette gratuité et même la politique de santé publique qui coûte la vie à plusieurs." Ce paradoxe, au-delà de l'indignation, appelle à une réflexion critique sur la responsabilité éthique et sociale de ceux qui détiennent le pouvoir. Dans nos établissements de santé, le manque criant de matériels conformes aux standards médicaux internationaux est alarmant. Il est tragique de constater que la médecine de notre pays est en train d'être asphyxiée par des autorités qui semblent favoriser une complicité au sein de la corporation médicale. Ce constat se traduit par une hausse des décès post-accouchement et une négligence croissante de la part de certains praticiens, exacerbée par l'insuffisance des ressources.

Cette situation complexe ouvre un débat approfondi sur la répartition des responsabilités. Le système de santé est en crise, mais cette crise ne peut être imputée à un seul acteur. Les défis auxquels font face les médecins, souvent submergés par des contraintes et des angoisses, sont le reflet d'une réalité plus vaste où s'entrelacent enjeux économiques, organisationnels et éthiques.

C'est pourquoi il est de bon alois de ne pas se limiter à blâmer, mais de favoriser un dialogue constructif pour améliorer les conditions de travail des professionnels de santé tout en garantissant des soins de qualité aux patients. La santé publique repose sur un équilibre entre l’accessibilité des soins et la pérennité de leur qualité.

Sur le plan juridique, il est impérieux de rappeler que tant le droit national qu'international protège la vie et la dignité humaine. Malgré les conditions difficiles auxquelles sont confrontés ces médecins, ceux qui agissent doivent respecter les règles de la déontologie médicale et les droits fondamentaux de leurs patientes. La médecine, au cœur de notre humanité, mérite mieux qu'une gestion désordonnée. Elle nécessite un engagement véritable pour un avenir où la santé de chaque citoyen est respectée et protégée.

Nous tenons à préciser que notre réflexion ne vise pas à dédouaner le Dr David de ses actes inhumains, mais à attaquer les causes en amont avant de considérer les conséquences en aval. Chaque profession a ses réalités, et les initiés doivent apprendre à surmonter ces défis. Comme le souligne Maître Éloge BULAYA, "dans diverses professions, nous sommes parfois confrontés à des situations qui exigent courage, savoir-faire et émotion pour atteindre le résultat escompté." Le Dr Rosine Pululu rappelle que, bien que cette violence ait pu sembler nécessaire pour sauver la vie de la patiente, d’autres moyens, comme les tranquillisants et les anesthésies, auraient pu être envisagés.

Nous pensons qu'une sanction disciplinaire, assortie d'une condamnation pénale avec des circonstances atténuantes, serait plus appropriée qu'une radiation pure et simple du Dr David. 

En toute circonstance, force est à la loi.

Heiddie Divioka Djingerberg, chercheur en droit procédural pénal.

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