Train de vie des institutions : UNIS dénonce le pillage systématique des revenus par les élites politiques au détriment des projets d’intérêts publics 

Chaque année, la question relative à la réduction du train des institutions en République démocratique du Congo fait débat. A l’instar des années précédentes, 2025 ne fait pas exception.

Mont Carmel

27 Février 2025 - 21:37
27 Février 2025 - 21:42
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Train de vie des institutions : UNIS dénonce le pillage systématique des revenus par les élites politiques au détriment des projets d’intérêts publics 

Dans un contexte marqué la détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire, liée à l’agression rwandaise dans le Nord et Sud-Kivu, le Président Tshisekedi a, dans son discours à la nation du 29 janvier 2025, au lendemain de la prise de Goma par les rebelles du M23, supplétifs l’armée rwandaise, annoncé une panoplie de mesures visant à réduire le train de vie des institutions afin de réaffecter les ressources mobilisées à la défense de l’intégrité territoriale. 

Ces mesures, disait-il, consistent notamment à des coupes sur les frais de fonctionnement et les interventions économiques, sur les rémunérations de la Présidence, du Parlement, du gouvernement, du pouvoir judiciaire et des institutions d’appui à la démocratie ainsi que la suspension des missions à l’extérieur du pays.

Réagissant à cette initiative, le Réseau panafricain de lutte contre la Corruption ( UNIS), membre de la coalition Congo N’est pas à Vendre ( CNPAV) a, dans son rapport présenté lundi 23 février, dénoncé la « surbudgétisation » des institutions publiques comme stratégie de pillage systématique des revenus du pays par les élites. 

Lors de la présentation de ce document de 46 pages, UNIS fustige une décision tardive tant, depuis quelques années des acteurs politiques de premier rang comme Martin Fayulu, Delly Sesanga ou Jean-Marc Kabund-a-Kabund ou les structures de la société civile (ODEP, CNPAV,CREFDL…) décrient l’insolence financière au sein des institutions. 

« Alors dans l'opposition, le parti principal au pouvoir actuellement a construit sa notoriété sur le progrès social. Cela tarde toutefois à se réaliser. Depuis plusieurs années, la réduction du train de vie des institutions de la République constitue le refrain des personnalités politiques congolais, quelle que soit leur appartenance politique - pouvoir tout comme opposition. En effet, ce refrain semble séduire les oreilles de la population qui est en quête de l'amélioration de ses conditions de vie. En octobre 2021, un sondage du GEC et du Berci a démontré que 73% des personnes interrogées estimaient qu'il y a urgence de réduire le train de vie des institutions. Cette réduction devrait selon l'ordre de priorités des sondés permettre de dégager des fonds pour les investir principalement dans l'emploi, l'éducation, la protection, la sécurité et la santé. Nous revenons sur les différentes propositions formulées par les acteurs politiques et organisations de la société civile engagées directement ou indirectement dans la réduction du train de vie des institutions politiques en RD Congo, à travers leurs discours, engagements, offres politiques et plaidoyers », a déclaré Jimmy Kande, président de l’UNIS Mouvement Blanc.

« Le débat sur la réduction du train de vie des institutions semble être à la fois un discours démagogique et cynique porté par l’ensemble de la classe politique. En revanche, pour les citoyens c’est l’expression d’une véritable quête de justice sociale en RDC », a-t-il ajouté.

Ce rapport a également mis en lumière la surconsommation des revenus par les institutions publiques censées prêcher par l’exemple. A ce sujet, note la même source, qu’au premier semestre 2024, la Présidence a consommé 658,5 milliards de francs congolais contre 332,6 milliards soit le double de ses allocations annuelles. 

Par ailleurs, UNIS a fait part de l'existence d’une ligne budgétaire entraînant la surconsommation des revenus nationaux. Il s’agit du « fonds spécial d'intervention ». 

« Contrairement à d'autres lignes budgétaires, celle-ci n'est pas précise sur les raisons de l'utilisation des crédits budgétaires y affectés. Cela devient comme une forme de « caisse noire » pouvant financer n'importe quelle dépense émanant des différents ordonnateurs de cette ligne budgétaire. Avec une telle opacité, cette rubrique fonctionne comme une manne de fonds mise à la disposition des acteurs politiques influents. Ce qui contribue davantage au train de vie opulent des animateurs des institutions politiques en RD Congo. Car, les différents fonds spéciaux contenus dans les lignes budgétaires des institutions politiques servent à gonfler les avantages et revenus hors rémunération des animateurs et membres de ces institutions. Tout se passe par un mécanisme pragmatique, connu par les acteurs politiques congolais, le fameux « montage financier », relayé notamment par le Président Tshisekedi au début de ses fonctions. Cette pratique occulte, en quelque sorte, non seulement de multiples détournements, mais également il semble avantager les précités au détriment des citoyens qui peinent à obtenir l'accès aux services sociaux de base », souligne Jimmy Kande.

Parallèlement, cette structure de la société déplore les écarts entre les fonds alloués au fonctionnement et aux interventions économiques des institutions politiques par rapport aux investissements de l’État dans les secteurs clés de la vie nationale.

« Beaucoup de pays essaient davantage de réduire leur train de vie des institutions et, en revanche, investissent, en fonction de leur capacité budgétaire, dans les infrastructures publiques, notamment les voies de transport et communication, les hôpitaux et les écoles afin de contribuer à la réduction de la pauvreté et améliorer les conditions de vie. Ces cinq dernières années, trois pays de l'Afrique subsaharienne : Tanzanie, Kenya et Sénégal, se sont lancés dans le développement de leurs infrastructures ferroviaires afin d'améliorer la mobilité des biens et marchandises ».

Il importe de préciser que ce rapport a également mentionné l’opacité autour des crédits budgétaires alloués aux institutions et à leurs animateurs; l’absence d’une politique salariale juste et équitable; le maintien du budget des moyens  au détriment du budget programme ainsi qu’en retraite politique honorable sur les dos des contribuables comme facteurs favorisant la consommation excessive des fonds publics par les institutions. 

Pour y remédier, UNIS préconise la suppression du Sénat; le plafonnement des postes ministériels au gouvernement; la suppression des structures parallèles et obsolètes à l’instar de Comité National de l’accord de la Saint Sylvestre (CNSA); le basculement vers le budget programme ainsi que la publication des salaires des agents publics. 

« Le mystère autour des salaires des agents publics semble contribuer au maintien de la corruption institutionnelle généralisée en RD Congo. Alors que les patrouilles financières de l'IGF semblent essoufflées, il est opportun que le gouvernement congolais puisse se permettre de rendre publics et accessibles les salaires et primes réels des fonctionnaires de l'Etat à tous les échelons », a recommandé le président du Réseau panafricain de lutte contre la corruption (UNIS). 

Cet activiste anti-corruption est d’avis que cette mesure a plusieurs avantages, notamment la re-salarisation dans la fonction publique et la facilité à la patrouille financière.

« C'est depuis plusieurs années que la prime a pris le dessus sur le salaire dans la fonction publique congolaise. Cette inversion est à l'origine d'une chasse à la prime à travers la création des structures, activités et missions, parfois sans importance et en doublure.
Elle contribue également au maintien des inégalités », a-t-il conclu.

Mont Carmel Journaliste formé à l'Institut Facultaire des Sciences de l'Information de la Communication/IFASIC, la première institution en SIC en RDC. Je collecte, traite et diffuse les informations selon les règles de l'art journalistique, sans couleur politique ou tribale. Informer en toute indépendance étant mon seul leitmotiv, je lutte également contre le phénomène de désinformation en vous donnant des contenus sûrs et vérifiables.