Constant Mutamba, l’homme qui voulait rendre aux Congolais leurs maisons spoliées… condamné
Armel Langanda (Journaliste)
Constant Mutamba, une voix pour les sans-toits, réduite au silence ! C’est plus facile de condamner un homme. Mais c’est beaucoup plus compliqué de juger son combat. L’ancien ministre de la Justice congolaise, Constant Mutamba, n’était peut-être pas parfait et aucun homme politique ne l’est d’ailleurs. Ce dernier, a déployé toute son énergie afin de rendre la justice de son pays sur le rail. Hélas, son ascension a été stoppée net par ses détracteurs. L’histoire retiendra qu’il portait une cause : la lutte contre les réseaux mafieux spécialisés dans la spoliation immobilière des propriétés des citoyens congolais.
Dans un pays où le droit de propriété est devenu un luxe réservé aux puissants, aux hommes forts, ceux pour qui la justice travaille, Constant Mutamba en sa qualité de Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, a osé dire tout haut ce que les victimes de la spoliation immobilière murmurent depuis des années en République démocratique du Congo.
Il a dénoncé les réseaux mafieux qui, sous couvert de procédures judiciaires, arrachent maisons, terrains et immeubles à des familles entières. Il a pointé du doigt les magistrats corrompus, les militaires, les officiers de polices, les avocats véreux, les membres du gouvernement etc. Et surtout, il a promis de récupérer par force les biens immobiliers des Congolais spoliés et déférer devant la justice les spoliateurs constitués essentiellement des hauts gradés et cadres du pays.
Une première dans l’histoire de la RDC, un ministre lance l’ultimatum sept jours pour que les spoliateurs rendent ce qui ne leur appartient pas. Et c’était en avril 2025. Il faut être courageux pour prendre une telle décision sachant que ce sont des ‘’intouchables’’ qui sont derrière tous ces coups. Mais voilà, quelques mois plus tard, Mutamba est condamné pour détournement de fonds destinés à la construction d’une prison à Kisangani pour erreur de procédure et surtout dans l’attribution du marché à la société Zion Construction.
Les expulsions s’explosent
Certes, Constant Mutamba est condamné à trois ans de travaux forcés ; interdiction pour cinq ans après l’exécution de sa peine, du droit de vote et d’éligibilité et interdiction d’accès aux fonctions publiques. Mais quid de la lutte qu’il menait pour redresser la justice congolaise ? Pendant que Constant Mutamba était derrière les barreaux, les expulsions ont pris une ascendance incroyable. Les jugements expéditifs tombent à grande quantité. Et les familles, elles, continuent de perdre leurs toits.
Celui qui était considéré comme le dernier espoir des familles dépossédées de leurs parcelles illégalement, est envoyé en prison dans une affaire que la partie défenderesse qualifie de ‘’règlement politique’’. Alors oui, Constant Mutamba est tombé. Mais sa bataille contre la spoliation immobilière ne doit pas mourir avec lui. Que deviennent les milliers des victimes de spoliation qui espéraient obtenir gain de cause à son combat ? Quand on arrache la terre d’un peuple, on enterre sa mémoire, sa dignité et son avenir.