[Tribune] : « Journée ville morte : pourquoi l'opposition n'a pas perdu ? », Gedeon Kahena
La loi référendaire adoptée à l'Assemblée nationale a suscité une réaction de l'opposition politique en République démocratique du Congo.
L'opposition a appelé à une journée « ville morte » ce mercredi 3 juin afin de protester contre tout projet de modification de la Constitution.
Si, dans certaines communes, notamment dans le très populaire district de la Tshangu, les activités semblaient tourner au ralenti tôt dans la matinée, ailleurs les commerces ont ouvert leurs portes et la circulation est demeurée relativement fluide sur plusieurs grands axes de la capitale.
« Échec total, c'était prévisible ! », a lancé Honoré Mvula, membre de la majorité au pouvoir. À l'inverse, plusieurs figures de l'opposition ont salué ce qu'elles considèrent comme une réussite de cette journée de mobilisation.
Dans l'après-midi, plusieurs leaders de l'opposition, parmi lesquels Martin Fayulu, Moise Katumbi, Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga Hipungu et Matata Ponyo Mapon ont signé un communiqué remerciant la population d'avoir suivi leur mot d'ordre. De son côté, le pouvoir s'est félicité de ce qu'il qualifie d'échec total de l'initiative. Le gouverneur Daniel Bumba a décrit une journée normale, sans incidence majeure.
Depuis l'accession de Félix Antoine Tshisekedi au Palais de la Nation, l'opposition n'a que rarement organisé des actions d'envergure nationale. Souvent décrite comme affaiblie ou inexistante, elle a notamment souffert de l'absence prolongée de certaines de ses principales figures, parmi lesquelles Moi Katumbi en exile, Jean-Marc Kabund longtemps incarcéré à Makala ou encore plusieurs cadres de l'ancien parti présidentiel, Aubin Minaku et Ramazani Shadary.
Si de nombreux observateurs estiment que l'appel à la ville morte n'a pas obtenu une adhésion massive de la population, plusieurs analystes évoquent néanmoins une participation partielle qui rappelle au pouvoir en place que l'opposition a également une capacité de mobilisation.
Cette journée apparaît ainsi comme l'une des initiatives les plus importantes de l'opposition depuis l'arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir. Même sans paralysie totale du pays, elle lui a permis de mesurer sa capacité de mobilisation, d'identifier ses bastions et d'évaluer la réceptivité de la population à ses messages.
En ce sens, l'opposition n'a pas perdu. Elle dispose désormais d'éléments concrets qui pourraient lui permettre de mieux préparer les prochaines échéances politiques.
La réponse du pouvoir ne s'est pas fait attendre. Des manifestations spontanées de soutien à un changement de la Constitution ont notamment été signalées sur l'avenue du 24 Novembre et sur le boulevard Lumumba.
Une chose est certaine : le débat autour de la réforme constitutionnelle est désormais installé au cœur de la vie politique congolaise. Les prochains mois pourraient être marqués par une intensification des confrontations politiques entre majorité et opposition.